Navigateur incompatible avec le site Starting Block
Conteneur global
Fil d'ariane
AccueilLa campagneActualitésTémoignages parrainsEmir : « Une fois dans les études supérieures, tout s’est compliqué »

Témoignages Parrains

Rachel : "je suis convaincue que l'accueil des étudiants handicapés peut et doit être amélioré à l'ENS."

Portrait RachelJe m'appelle Rachel, j'ai 22 ans, je suis étudiante en sociologie, porteuse d'un handicap moteur léger de naissance et marraine de la journée Handivalides 2013 à l'ENS, pour la seconde année consécutive.

Concernant mon parcours scolaire et universitaire, il s'est fait en deux temps : d'une part, la primaire et le collège, dans une des écoles qui représentent la pédagogie alternative en France, Decroly. Ensuite le lycée, la prépa et l'ENS. Si je le découpe de cette façon, c'est qu'il y a eu une vraie fracture entre ces deux périodes : c'est en entrant au lycée que j'ai compris ce que voulait dire être « handicapé », et que, comme le dit la loi du 11 février 2005, c'est l'environnement qui crée le handicap au moins autant que le trouble de départ.

Pour faire court, dans ma petite école alternative, on était peu nombreux et les enfants avaient pris l'habitude très tôt de partager mon quotidien : il leur semblait naturel de porter un sac, de tenir une porte, de pousser un fauteuil et de partager mon combat pour progresser. Au lycée, il me fallait manger dehors tous les midis, faute d'avoir trouvé des camarades qui acceptaient de porter mon plateau à la cantine, c'est pour dire...

Je n'ai retrouvé le plaisir d'une solidarité spontanée qu'en entrant au lycée Louis-le-Grand pour ma terminale, puis pour la prépa, ce qui m'amène d'ailleurs à revenir sur le cliché selon lequel les grosses prépas parisiennes sont sans pitié : j'y ai été au contraire très entourée par des professeurs attentifs et des camarades solidaires. Sans cela, je n'aurais d'ailleurs sans doute jamais été au bout de ces deux années de marathon.

Enfin, me voilà à l'ENS, et marraine Handivalides. Petit retour sur cet engagement, donc. Il repose sur plusieurs choses. D'une part, la conviction que l'accueil des étudiants handicapés peut et doit être amélioré dans notre école. Si l'administration est très à l'écoute, et si notre nombre augmente d'année en année, l'accessibilité des locaux est loin d'être parfaite, l'échange sur le sujet entre les différents acteurs de l'établissement manque encore de clarté, et nous sommes encore très peu nombreux à être porteurs d'un handicap parmi les étudiants. Je précise néanmoins sur ce point que l'école doit faire face, me semble-t-il, à certains problèmes spécifiques, au premier rang desquels la censure et l'auto-censure qui font que très peu d'étudiants handicapés s'attaquent à des filières sélectives comme les classes prépa.

Je suis convaincue que la situation peut être améliorée, parce que tous les ingrédients sont réunis : les idées ne manquent pas, de la part d'étudiants comme de professeurs, et l'administration est prête à soutenir des projets. Si ce dernier point n'était pas forcément très clair pour moi au départ, il l'est devenu lorsque nous avons monté le projet de spectacle avec la troupe de danse inclusive Kinesferadanza.

Et c'est sur cette aventure, avant tout une histoire de rencontres, que j'aimerais terminer. L'idée de faire venir la troupe à l'ENS dans le cadre de la journée Handivalides ne me serait pas venue à l'esprit si je n'avais pas rencontré, l'année précédente, l'équipe du Pôle de l'Egalité scolaire et universitaire de l'école. Le projet n'aurait jamais vu le jour si un camarade normalien n'avait pas accepté de se lancer avec moi dans cette aventure un peu folle et si l'administration de l'école ne nous avait pas apporté son soutien, autant financier que logistique et humain.

Finalement, la troupe a pu venir du Pérou pour nous faire partager son travail lors de deux spectacles, et la réussite de ce projet (malgré les nombreux obstacles rencontrés) a renforcé l'une de mes principales convictions : en réunissant les bonnes volontés on peut déplacer des montagnes, et les bonnes volontés existent un peu partout... Alors « y a plus qu'à » !

Rachel, étudiante à l'ENS, marraine de la Journée Handivalides

Lire aussi: l'interview de Rogger de la troupe de danse inclusive Kinesferadanza du Pérou.