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Témoignages Parrains

Jérôme : « les études me permettent d'être dans la cité.»

Jérôme, tétraplégique suite à un accident, a décidé de reprendre des études à l’Université Paris 7 Diderot. Son projet : devenir psychologue clinicien.

portrait Jérome

Bonjour Jérome, peux-tu te présenter ?

Bonjour Aurore, je suis Jérôme, étudiant en Master 1 Psychologie. J’ai 38 ans. Je suis tétraplégique, je n’ai ni l’usage de mes jambes ni de mes bras. Je vis seul dans mon appartement adapté depuis 1 an et demi.

Comment s’est passé ton parcours scolaire ?

Après mon Bac L, j’ai commencé à étudier l’histoire pendant un an. Je me suis aperçu que cette filière n’était pas pour moi. Après réflexion, je me suis engagé dans l’Armée pour une période de 5 ans. 3 mois plus tard, j’ai eu un accident de voiture qui m’a rendu lourdement dépendant physiquement, j’avais alors 25 ans. J’ai dû vivre une longue période de la vie dans un foyer dédié aux personnes en situation de handicap, principalement moteur. J'ai commencé alors un long travail sur moi-même et dû me faire l'auteur, autant que possible, de ma nouvelle identité.

Quel est l’élément qui t’a motivé à reprendre tes études ?

Suite à ce bouleversement, j’avais la nécessité de construire un projet et de continuer à avancer dans la vie. Durant cette période, j'ai travaillé avec l'aide d'une psychothérapeute. J'ai donc suivi une thérapie analytique qui m’a été bénéfique. Cela m’a permis d'accepter un peu mieux qui j'étais, avec mes limites. Je suis parvenu à envisager des perspectives que je croyais impossibles. Ce travail a éveillé chez moi un intérêt pour le métier de psychologue. Je me suis rendu compte que ça « marchait » pour moi, par conséquent cela pouvait être d'un certain intérêt pour d'autres. Qui plus est intellectuellement c'est une aventure incroyablement riche, mais loin d'être toujours confortable. En considérant que l'outil essentiel requis par cette pratique est l’usage de l'écoute et de la parole, je me suis dit : Go !

Tu es maintenant en M1 de Psychologie à Paris 7, de quels aménagements bénéficies-tu ?

Tout d’abord ne pouvant utiliser mes membres, j’ai besoin de l'aide d'une auxiliaire de vie. Stéphanie m’accompagne souvent dans mes déplacements journaliers, c’est une personne avec qui je m’entends très bien, elle facilite mon quotidien. Le système de preneur de notes est très appréciable. Je bénéficie également d’un tiers-temps supplémentaire pour les examens qui n’est pas un avantage mais une compensation. En effet, pour passer mes partiels, je dois être seul dans une salle du fait de l'usage d'un logiciel vocal.

As-tu reçu un bon accueil au sein de l’Université Paris7 ?

Oui, j'apprécie grandement le travail qu'effectue pour nous le Relais Handicap Diderot. Du fait de mes contraintes, j’ai beaucoup de contacts avec eux. Du côté de l’accessibilité des locaux, il y a eu l'installation de portes automatisées au rez-de-chaussée des bâtiments (après cinq ans d'attente !) mais des progrès restent à faire. Tout vient petit à petit, j’ai conscience que j’ai de la chance de pouvoir étudier dans cette université, au regard d'autres. J'entends des échos moins réjouissants dans d'autres lieux d'études.

Etre étudiant, ce n’est pas qu’étudier. Es-tu engagé dans une association ?

Je fais partie de l’association HandiParis7. Nous sommes une sorte de porte-parole des étudiants en situation de handicap, nous essaierons (nous sommes tout jeune) d'être un peu plus visibles que chacun de nous individuellement. En effet il est bon de rappeler à nos décideurs que cet investissement, qui permet aux plus faibles d'entre nous, tout du moins sur certains plans, d'accéder aux études d'abord, et pour certains au monde professionnel, porte ses fruits. Qu'il y a retour sur investissement sur divers plans pour la société tout entière. Mais aussi que rien n'est acquis et que c'est un combat de tous, des étudiants handicapés, du Relais Handicap, auxquels il faut donner les moyens (investissements humains, financiers, une attention réelle des dirigeants aux remarques de ceux qui connaissent le terrain) de la politique de l'établissement..

Si j'arrive à grappiller un peu de temps sur mes contraintes quotidiennes j'essaierai de m’inscrire dans le club de théâtre de l’université. En effet, le Master me prend beaucoup de temps et d'énergie, mon handicap étant assez lourd, je suis fatigué plus rapidement. Le fait d’avoir un réel objectif, devenir psychologue clinicien, est crucial pour moi. Présentement les études me permettent d'être dans la cité. Il est assez facile de tomber dans l’isolement, c'est un combat de tous les jours ! Mais je vous rassure des liens se tissent entre étudiants, avec ou sans roulettes !

As-tu un message à faire passer aux étudiants qui organisent la campagne Handivalides ?

Je suis heureux de savoir que nombre d'entre vous s'épanouissent dans une réelle écoute de l'autre. Que vous considériez que nous faisons tous partie d'une même communauté, même si certains ont moins de chance que d'autres. Votre action à Starting-Block dans les écoles et universités de France, votre soutien de notre parcours singulier est nécessaire, car parfois on se sent bien seul. Merci à vous. Continuez.

Propos recueillis par Aurore Savariau, Starting-Block