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Témoignages Parrains

Etienne : « En s’engageant dans une association, on développe beaucoup de compétences.»

Malentendant et ancien président d'Handizgoud, Etienne vient d’être embauché en CDI, après son mastère spécialisé à l’ESSEC Business School.

portrait Etienne

Bonjour Etienne. Peux-tu, pour commencer, nous présenter ton parcours de formation?

J’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur de l’INSA de Lyon, spécialité Informatique, en septembre 2012. Suite à cela, j’ai été admis dans un Mastère Spécialisé en Management de Projets Technologiques à l’ESSEC Business School. Je viens juste de le terminer et d’être embauché en CDI chez Hewlett-Packard (HP) en tant que Project Manager en Technology Services.

Quels impacts ton handicap a-t’il eu sur ton parcours ?

Je suis malentendant de naissance, suite à une maladie génétique. J’ai été appareillé relativement tard, à l’âge de 4 ans. J’ai dû faire beaucoup d’orthophonie, surtout au début. J’ai toujours étudié en milieu ordinaire mais avec des aides et quelques aménagements de ma scolarité. Par exemple, j’ai réalisé mes classes prépa en trois ans, au lieu de deux.

Mes parents ont beaucoup contribué à ma réussite. C’est ma mère qui m’emmenait aux séances d’orthophonie (jusqu’à 4 par semaine, à certaines périodes) et mon père m’a toujours encouragé à poursuivre des études. C’est lui qui m’a emmené aux journées Portes Ouvertes de l’INSA. Ils ont respecté mes choix et même si parfois ce n’était pas facile, comme par exemple pendant les classes prépa, ils m’ont toujours soutenu.

Pourquoi avoir choisi l’INSA ?

C’était, je pense, le bon compromis pour moi car l’école disposait d’une prépa intégrée, d’une bonne réputation et d’une vraie mission handicap. A l’époque, ce n’était vraiment pas le cas de beaucoup d’établissements.

J’ai aussi réalisé une partie de ma scolarité en Angleterre, à l’université de Leeds. J’en suis plutôt fier car c’est un challenge pour une personne malentendante de partir étudier à l’étranger. J’étais d’ailleurs le premier étudiant malentendant de l’INSA à le faire. Globalement, ce fut une expérience très enrichissante.

Quelles différences as-tu pu constater entre la France et l’Angleterre ?

Là bas, ils sont beaucoup plus avancés que nous, au niveau des politiques handicap. Tout est prévu et systématique. La mission handicap de l’université était composée d’une vingtaine de personnes, avec des gens spécialisés par type de handicap. Ca se passe à une toute autre échelle qu’en France : à Leeds, nous étions 35 000 étudiants (pour une moyenne de 500 à 1000 élèves dans les écoles d’ingénieur en France). Du coup, ça change beaucoup de choses mais ça n’empêche pas d’avoir un accueil personnalisé et un accompagnement à échelle humaine.

Dans ta vie de tous les jours, quelles difficultés rencontres-tu à cause de ton handicap ?

Ce qui est difficile pour moi c’est la communication verbale à plusieurs, comme c’est le cas dans les réunions par exemple. La lecture labiale me demande beaucoup de concentration. C’est très fatigant et surtout très frustrant, car on a parfois l’impression de passer à côté d’une information importante. La complexité du handicap auditif, c’est qu’il ne se voit pas. Les gens oublient ou ignorent notre handicap. Ils ne se rendent pas compte des efforts que cela nous demande et ce n’est pas évident d’avoir à le rappeler sans cesse.

Dans ton nouveau poste chez HP, as-tu demandé des aménagements particuliers ?

Je bénéficie d’un emplacement un peu plus calme et tranquille dans l’open space. C’est un emplacement fixe, qui me permettra d’éviter d’avoir à déplacer mon matériel. Pour le moment, comme je viens juste d’arriver, j’utilise mon matériel personnel mais ils vont acheter le matériel nécessaire et m’aideront à financer mes prochaines prothèses auditives.

Peux-tu nous parler un peu de ton matériel ?

J’utilise un adaptateur relié à mes prothèses grâce à une boucle magnétique. Il dispose de plusieurs types de connections et me permet de sélectionner les sons que je veux entendre (ordinateur, chaîne hifi, radio, téléphone, son d’ambiance, etc.).

Pendant ta formation à l’INSA Lyon, tu as été très engagé avec l’association Handizgoud. Quel regard portes-tu sur elle aujourd’hui ?

En tant qu’ancien président de l’association, je suis fier et heureux de voir que ça continue de bien tourner. Même si, comme dans toute association étudiante, il y a chaque année beaucoup de turn over, c’est chouette de voir que les projets continuent et que de nouvelles choses se mettent en place.

Avec le recul, je sais que cette expérience m’a apporté beaucoup. Ca m’a donné envie de faire mon Mastère Spécialisé en management et ça m’aide dans mon travail actuel. En s’engageant dans une telle association, on développe sans s’en rendre compte beaucoup de compétences en terme de conduite de projet, dynamique de groupe, communication, leadership…

Enfin, au niveau de la thématique du handicap, je trouve qu’en six ans, les choses ont pas mal évolué. Le sujet est mieux abordé. Il y a moins de barrières. Néanmoins, le handicap ne sera jamais un sujet particulièrement «sexy » : le challenge pour les associations, c’est de trouver des points d’accroche pour attirer le public. Les journées Handivalides auxquelles nous participons depuis plusieurs années font partie de cette dynamique. Je suis content de voir que le partenariat entre Handizgoud et Starting-Block continue.

Propos recueillis par Amélie Nicaise, Starting-Block