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Témoignages Parrains

Rogger : « La lutte des personnes en situation de handicap, c’est la lutte pour les droits humains ! »

La compagnie de danse contemporaine inclusive péruvienne Kinesfera Danza participe à la campagne Handivalides !

Invités dans le cadre de la journée Handivalides de l’Ecole Normale Supérieure, les danseurs en situation de handicap de Kinesfera danza ont réalisé une représentation à destination du public parisien.

Nous en avons profité pour interroger l’un d’entre eux, Rogger, sur le degré d’inclusion des étudiants handicapés au Pérou. Une bonne manière de s’interroger sur les atouts et les failles de notre propre système éducatif.

Bonjour Rogger, peux tu te présenter ?

Je m’appelle Rogger Manuel Cornego Solis, j’ai 20 ans et je suis péruvien. A 14 ans, j’ai eu un accident qui m’a laissé en situation de handicap moteur.

Aujourd’hui, j’étudie l’informatique et je suis membre de la première compagnie de danse inclusive du pays, la Kinesfera Danza !

Comment s’est passé ton cursus scolaire ?

Mon école actuelle s’appelle le CEPRO. Il s’agit d’un institut d’études techniques spécialisé pour les personnes en situation de handicap. Il me donne l’opportunité de suivre un cursus d’un an pour apprendre l’informatique et m’insérer professionnellement.

J’ai eu la chance de faire l’ensemble de mes études secondaires dans un établissement classique. Aujourd’hui, c’est le cas de presque tous les enfants en situation de handicap péruviens.

Cette avancée est due au fait que le pays a adopté une loi dite « de la personne en situation de handicap », la loi n°29973, dont l’objectif est d’abolir les discriminations. Cette loi rappelle notamment que l’école de l’enfant en situation de handicap, c’est l’école de son quartier.

As-tu bénéficié d’aménagements ?

Le plus compliqué pour moi, c’est la mobilité urbaine. Comment aller de mon domicile à l'école, de l'école à mon lieu de stage, de mon stage à la salle de danse ? J’ai besoin de rampes d’accès et de bus accessibles, j’aurais besoin d’un fauteuil avec moteur. Dans mon quartier, Carmen de la Legua, à Lima, la mairie a mis en place un système de bus spécifiques pour les personnes handicapées qui me permet d’aller d'un lieu à l’autre. C’est déjà pas mal.

Quels sont, selon toi, les principaux obstacles à l’inclusion des étudiants handicapés péruviens ?

Je pense que le principal problème au Pérou, c’est que le handicap physique ou psychique peut être doublé d’un handicap social. Certains de mes amis en situation de handicap sont bien intégrés, mais il s’agit de personnes pouvant compter sur d’importantes ressources économiques.

Pour ma part, je n’ai pas pu intégrer un établissement supérieur classique pour cette raison. Ma famille n’a pas les moyens économiques de me payer l’accès d’une université et encore moins de financer le matériel dont j’aurais besoin pour suivre les cours normalement.

Les gens qui, comme moi, ne viennent pas d’une famille favorisée souffrent d’un double handicap. Si l’on considère le handicap comme un thème large, alors l’injustice, la pauvreté, etc. sont aussi des handicaps ! Au Pérou, il est clair que notre situation de handicap est aussi due à ces facteurs.

Penses-tu que tu vas rencontrer des obstacles pour intégrer le marché du travail ?

En ce qui me concerne, je pense qu’après avoir étudié, je vais pouvoir trouver un travail. Parce que je suis en bonne santé et que ma famille m’aide beaucoup. Je crois vraiment que le handicap est une situation. On peut donc en sortir. Je ne peux pas marcher, je ne peux pas bouger correctement mes mains, mais je peux être un salarié modèle si on met à ma disposition quelques appareils.

Par ailleurs, la loi n°29973 oblige chaque entreprise à employer un minimum de 3% de salariés en situation de handicap. Mais pour pouvoir travailler, nous devons être formés, pas vrai ? Il faut donc améliorer notre accès à l’éducation supérieure. Nous ne voulons plus être les « pauvres petits », nous ne voulons plus recevoir la charité. Il faut exiger les droits que nous avons au même titre que tout autre citoyen : l’éducation, la santé, le travail, l’autonomie…

Peux-tu nous présenter la compagnie Kinesfera Danza ?

J’ai commencé à danser il y a 3 ans, suite à une rencontre avec Michel Tarazona, le directeur de la compagnie Kinesfera Danza. Il s’agit d’une compagnie dont l’objectif est d’exprimer certains concepts comme l’inclusion, la situation de handicap, etc. à travers la danse. Aujourd’hui je m’entraîne 3 fois par semaine. En plus, nous réalisons des ateliers dans divers endroits stratégiques, dont les écoles publiques. L’idée est de sensibiliser les publics cibles comme les professeurs pour qu’ils cessent de discriminer les personnes en situation de handicap.

As-tu un message à faire passer aux étudiants français qui organisent la campagne Handivalides ?

C’est très important ce que vous faites. Vous avez la chance de pouvoir faire bouger les mentalités, de pouvoir rencontrer différentes personnes, de connaître les aménagements possibles, d’améliorer les choses pour que les personnes en situation de handicap se sentent incluses, intégrées... La lutte des personnes en situation de handicap, c’est la lutte pour les droits humains !

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Retrouvez la compagnie Kinesfera Danza pour son dernier spectacle Parisien, samedi 27 avril, à 20h30 dans la salle d’expression artistique de l’Ecole Normale Supérieure. Entrée libre et gratuite ! Inscription ici.