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Paroles d'Experts

Les témoignages d’experts présentés dans cette rubrique ont été réalisé à l’occasion du 10ème anniversaire des Journées Handivalides.

Corentin Dury, diplômé de l'Ecole du Louvre « l'art est une délectation »

La table-ronde de la Journée Handivalides à l'Université Pierre et Marie Curie le 20 mars a eu pour thème « Handicap et vie étudiante - comment mieux impliquer les acteurs de la vie culturelle ». Parmi les intervenants, une personne que nous connaissons bien et que nous avons retrouvé avec grand plaisir, Corentin Dury, qui a travaillé sur la question de l'accessibilité à l'art et animé la table tactile sur de nombreuses journées Handivalides.

Photo de Corentin Dury

Corentin bonjour. Comment as-tu connu la Campagne Handivalides ?

En 2009, l'association cherchait des personnes pour animer la table tactile du Musée du Louvre, animation de découverte tactile d'objets d'art. A cette époque, j'étais étudiant à l’École du Louvre, ma mère travaillant dans un foyer pour personnes aveugles et malvoyantes, je me suis posé très vite la question du handicap dans ma pratique de l'histoire de la peinture. J'ai donc accepté de participer à l'événement qui faisait écho à mes réflexions : comment peut-on rendre la peinture qui est un objet en 2 dimensions, qu'on ne peut pas toucher, accessible aux personnes aveugles ?

Qu'est-ce que cela t'a apporté ?

Cela a été très enrichissant à plusieurs points de vue. Je prenais un peu de temps pour aller à la rencontre des étudiants et faire vivre l'histoire de l'art en dehors des cercles conventionnels. Je sortais des cours, des colloques, pour aller voir des personnes qui ne feront peut-être jamais d'histoire de l'art de leur vie mais que l'histoire de l'art peut toucher au quotidien. De plus, se mettre en situation de handicap permet, au-delà de faire découvrir une œuvre à quelqu’un qui ne voit pas, de l’envisager sous un regard neuf, de la redécouvrir. Cela m'a amené à changer la manière dont je propose les commentaires d’œuvre, en jouant sur les sensations, le toucher, l'odorat. On mobilise absolument tous les sens dans le but d’aller à la rencontre d’une œuvre qui reflète un créateur, un commanditaire, une époque…

Tu souhaites devenir conservateur, qu'est que ces réflexions et cette pratique t'apportent pour la préparation du concours et pour ton futur métier ?

Les musées, comme tous les établissements publics, ont obligation d’être accessibles et le conservateur, de par son statut, a pour mission d'être au service du public. Ma spécificité, c'est de savoir travailler avec les publics handicapés en particulier les personnes déficientes visuelles. Mais plus largement, cette expérience me pousse à appréhender les œuvres ou la manière dont on fait une exposition différemment pour tenter d’être accessible au plus grand nombre, notamment aux personnes qui n'ont pas l'habitude d'appréhender des œuvres. Questionner l'accessibilité pour un public non voyant m'a permis de penser l'accessibilité au sens large.

Quel conseil donnerais-tu à des associations étudiantes qui souhaitent rendre accessibles des événements culturels ?

Mon conseil serait de ne pas avoir une entrée « accessibilité handicap » justement mais de jouer la carte de la sortie culturelle et de miser sur des groupes mixtes. A défaut d’une formation en histoire de l’art rarement dispensée en France, chacun se retrouve un peu handicapé face aux œuvres. On peut commencer par un espace dédié avec des reproductions pouvant être touchées puis continuer dans les autres salles en travaillant la description. Si le guide fait bien son travail, et que le groupe réussit à créer un véritable échange, on oublie le handicap. On découvre ensemble un univers, c'est une aventure, une délectation de l'instant. Il ne faut pas oublier que le musée est un lieu de plaisir, un lieu d'échanges et un lieu de vie, d'autant plus quand on parle de sorties étudiantes. Pour des personnes qui peuvent être mal à l'aise avec le handicap, ce type d’événements peut réellement permettre de dépasser la différence en l’oubliant.

Propos recueillis par Emilie Ouchet,

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