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A quand une politique migratoire qui remet l’humain au centre de ses décisions ?

Cette semaine, a été présenté par le gouvernement  le nouveau projet «  asile et immigration »  qui vise à réduire le temps d’instruction des dossiers des demandeurs d’asile mais qui se révèlent être plus répressive que se préconisait la loi jusqu’à présent…

Mais qui sont ces personnes que l’on nomme migrants ou exilés ?

Je suis allée à la rencontre des « exilés de P.8 » à l’université de Saint Denis, collectif de migrants qui a investi l’université depuis bientôt 1 mois.  J’ai échangé avec l’un d’entre eux que je nommerai ici "T".

 Il vient de Cote d’Ivoire et a fui son pays où il était étudiant syndicaliste. Il a fait le choix comme tant d’autres de quitter son pays car son engagement militant dérangeait les autorités en place.

Manquant de perspectives dans son pays, tant par l’impossibilité de poursuivre ses études que par la difficulté d'accèder au monde du travail, il décide de quitter sa famille et de tenter « l’aventure » en Europe.

Son périple de migration commence par la Libye, pays hostile aux migrants souvent réduit à des conditions d’esclavage. La bas, il a été emprisonné, battu, torturé à maintes reprises, des conditions de vie déplorable qui l’amène à traverser la mer pour l'Italie avec d’autres, qu’il verra périr à ses cotés.

"T" pensait avoir connu le pire après son expérience libyenne, mais en Italie, il se heurte au mépris et au rejet des locaux. Il veut partir à nouveau….

Il faut comprendre que lorsque l’on arrive dans un pays d’Europe, qui n’est pas celui où vous souhaitez résider, le pays qui vous contrôle en premier est celui qui doit vous prendre en charge administrativement. Les autorités vous prennent vos empreintes et vous devenez ce que l’on appelle un «  Dubliné ».

Ne parlant pas la langue, "T" a du mal à s’intégrer dans le pays , «  les restaurants où tu vas, ne veulent pas te servir, même si il y a de la nourriture […], les filles ont peur de toi et s’écartent quand tu t’assois à côté d’elles, les gens ne parlent plus quand tu entres dans un endroit[...]  tu ne peux pas trouver de travail ». Il poursuit son périple et choisi la France  «  j’ai choisi la France parce que je suis francophone, c’est plus facile pour s’intégrer, trouver du travail. C’est l’ancien colonisateur, il est venu dans notre pays, c’est normal que l’on vienne ici, nos parents se sont sacrifiés pour la France ».

Mais la réalité le rattrape, l’arrivée en France se fait dans le froid et le dénuement le plus total, il retrouve des connaissances à Porte de la Chapelle, où il dort dans la rue.

Le soir, les habitants du quartier viennent apporter vêtement chauds et nourriture et le matin la police le réveille à coup de matraque- « c’est quoi ce pays ou les habitants nous soutiennent et la police nous chasse ?, l’Etat ne veut pas nous entendre, nous ne sommes pas là pour faire des problèmes, on demande juste que l’on nous donne les papiers et que l’on puisse se nourrir et travailler ».

"T" a décidé d’intégrer le collectif des exilés de P8, il est là pour soutenir les camarades étudiants sans papier et pour se battre aux cotés d’autres sans papier pour avoir des conditions de vie meilleures.

Son combat est celui d’un homme qui cherche à récupérer une identité et sa dignité pour lui et celles des camarades sans papier « cela fait 12 ans que je suis militant, au pays je faisais des études en économie, cela me fait mal de voir que ceux qui étaient avec moi sont maintenant docteur, ont avancé dans leur vie et moi je suis là sans rien ».

S'il obtient ses papiers, "T" aimerait reprendre ses études, et puis repartir chez lui. Pour le moment, il attend que sa situation s’améliore  et ses journées alternent entre rdv avec un avocat et les réunions avec les autres migrants de l’université.

Pour lui et d’autres, investir l’université est symbolique, ils.elles ne sont pas là pour déranger qui que ce soit, ils occupent un bâtiment qui ne sert pas, ont transformé les salles en lieu de vie et s’organisent pour recréer une vie communautaire avec ses règles et son organisation. 

Pour apporter votre soutien, n'hésitez pas à aller les rencontrer à l'université P8 , bâtiment A

Pour aller plus loin

- Revendications du collectif des exilés de P8 >>ici