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"Les sensibilisations ludiques permettent aux élèves de s'exprimer plus facilement"

le jeu de la banane (bis)

Axel Porin est professeur d'histoire-géographie au collège Jacques Jorissen de Drancy (Seine-Saint-Denis). Starting-Block est intervenu dans sa classe dans le cadre d'une préparation au départ pour un séjour en Martinique au printemps 2013, en partenariat avec Via le monde*.

Pouvez-vous nous parler de votre séjour en Martinique ?

Nous sommes partis 12 jours en Martinique du 22 avril au 3 mai dernier avec une classe de 4e. C'est un projet qui est porté depuis 2 ans par la principale du collège, elle-même d'origine martiniquaise. Ce séjour s'intégrait dans un projet annuel pluridisciplinaire intitulé "Esclavage, résistances et découverte d'un département d'Outre-mer". Le programme du séjour s'articulait autour de l'histoire de la traite, des luttes pour la liberté et des manifestations culturelles nées de cette résistance. Il a aussi permis d'étudier l'économie spécifique que cette histoire a générée et, bien sûr, l'extraordinaire patrimoine naturel de la Martinique.

Quels étaient les enseignants impliqués dans ce projet ?

La coordination du projet était assurée par le professeur d'EPS. Le professeur de français a travaillé sur les auteurs martiniquais et en particulier Aimé Césaire, celle de SVT a abordé les notions de milieu tropical et volcanique au programme, le professeur de maths s'est occupé du blog, les enseignants d'arts plastiques et de musique se sont aussi pleinement impliqués... Quasiment toutes les matières ont été mobilisées. Les élèves ont même été initiés au « bèlè » une danse proche de la capoeira. Pour ma part, ce projet m'a permis d'approfondir le programme d'histoire, centré sur les 18e et 19e siècles, avec l'esclavage, mais aussi le programme de géographie, dont le thème central en 4e est la mondialisation.

En quoi a consisté la séance de préparation au départ animée par Starting-Block ?

Les animateurs ont proposé d'animer « le jeu de la banane ». C'est un grand jeu de rôles où le groupe est divisé en deux équipes qui représentent chacune une société concurrente de production de bananes. Chaque groupe était une grosse compagnie internationale avec son patron, ses récoltants, ses contremaîtres etc. Ce jeu permet de bien montrer les circuits de commercialisation de la banane et les attitudes que ce système induit chez ses acteurs.

Pour moi cette séance avait un double intérêt : à la fois préparer le séjour en Martinique, où nous avons par exemple visité le musée de la banane, et aborder des notions du programme de géographie sur les échanges commerciaux internationaux.

Quel est pour vous l'intérêt de sensibilisations ludiques comme celle-ci par rapport à un cours classique ?

J'avais entendu parler de ce jeu lorsque j'étais en formation d'enseignant. Lorsqu'on m'a proposé de le faire avec ma classe dans le cadre de la préparation au voyage en Martinique, j'ai sauté sur l'occasion. Ce type d'animation permet aux élèves de s'exprimer plus facilement et d'aborder un thème de manière différente. Mais il faut être suffisamment nombreux à l'encadrer pour que ça se passe bien. Comme il y avait 5 animatrices, tout s'est bien passé, mais je ne pourrais pas le faire tous les jours avec ma classe, même à deux encadrants, ça ne suffit pas.

Le fait d'avoir des intervenants extérieurs représente aussi une valeur ajoutée. Les élèves ont une idée très préconçue, voire conservatrice, de ce que doit être un cours. Dès que je propose une forme différente, par exemple travailler à partir d'un film, ils pensent que c'est la récréation et ne prennent spontanément pas la chose au sérieux...

Les élèves ont-ils réussi à faire le lien entre le jeu et le contenu du cours ?

Lors de la mise en commun à la fin du jeu, certains ont réussi à faire le rapprochement avec des notions déjà vues, mais pour la plupart, le passage de l'exemple concret à des notions plus abstraites est toujours très difficile. En règle générale, les élèves ont du mal à faire le lien entre les matières. Les séjours hors du collège sont très intéressants parce que, justement, ils permettent de créer ce lien. Par exemple, visiter un champ de canne à sucre et toucher le tranchant des feuilles fait comprendre mieux que n'importe quel discours la difficulté du travail des esclaves.

Après un voyage comme celui que vous venez de faire en Martinique, est-ce que les élèves arrivent mieux à apprendre ?

Pour celui-ci, il est encore trop tôt pour le dire. Le séjour s'est très bien passé, mais nous avons été assez déçus par le faible investissement de certains élèves dans la préparation de leur voyage.

En général, les élèves qui reviennent d'un séjour reprennent bien vite leurs habitudes et le train-train de la vie au collège redémarre. C'est surtout au niveau de leur regard sur les professeurs qu'on voit des changements : les relations de confiance nouées pendant le séjour durent parfois pendant tout le collège. Ils sentent notre investissement dans le projet et en sont d'une manière ou d'une autre reconnaissants. Mais, à un moment, les conditions sociales et familiales de notre département du 93 très défavorisé reprennent le dessus...

Avez-vous constaté un intérêt particulier de ces élèves très souvent issus de l'immigration pour ce voyage en Martinique sur le thème de l'esclavage ?

Oui bien sûr. Mais je pense que ça aurait été aussi très intéressant avec des élèves d'un tout autre milieu social ! Les questions que nous avons abordées sont universelles et nous concernent tous.

Propos recueillis par Jean-Marc, Starting-Block

*Via le monde est un centre ressource du Conseil Général de Seine-Saint-Denis dédié à la citoyenneté internationale qui propose un accompagnement pédagogique aux projets scolaires en lien avec la thématique des échanges mondiaux.