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AccueilActualitésRetour surUne histoire personnelle de schizophrénie militante ou comment l'éducation au développement durable ne changera pas le monde

Repas insolent à Fleury-Mérogis

Maeva au week end de formation SENS en mars 2011Mais où s'arrêtera le Repas Insolent ? Après la version internationale en danois et catalan, voici que l'animation franchit aussi les murs des prisons. Maëva, volontaire Starting-Block, nous fait vivre minute par minute le déroulé d'une activité auprès de détenus de Fleury-Mérogis.

Mardi 12 avril, 14h réunion de préparation pour un Repas Insolent.

Scène classique à Start, sauf qu'en y regardant de plus près, les questions posées sont assez inhabituelles : « Je suppose qu'on ne peut pas apporter d'ouvre-boîte ! » « Pensez à mettre des chaussures fermées », « je vous rappelle que les téléphones portables sont interdits »,
Flore, Charles, Marie et moi écoutons attentivement les conseils de Joseph, volontaire au Génépi (Groupement Etudiant National d'Education aux Personnes Incarcérées) : pour cette animation, nous allons à la maison d'arrêt de Fleury Merogis. « Est-ce qu'il y a quelque chose dont on ne peut pas parler ? - Leur demander pourquoi ils sont là. ». Intervenir en prison demande une bonne connaissance du milieu carcéral et une organisation particulière. Joseph est là pour nous informer des consignes à respecter et de la marche à suivre. Concrètement c'est pas du tout évident : il nous faut organiser un Repas Insolent sans pouvoir préparer aucune nourriture sur place et surtout pour un nombre de participants variable de 2 à... 20 !

Jeudi 14 avril, 12h15.

Le jour J, nous descendons du bus, terminus « Maison d'arrêt de Fleury Merogis » au milieu d'une zone industrielle très verte où les premières pâquerettes commencent à fleurir. Fleury Merogis, avec ses 4 000 détenus est la plus grande prison d'Europe. Nous qui nous attendions à un lieu confiné entouré de grandes tours grillagées à l'atmosphère oppressante, nous voilà un peu plus rassurés.
A l'entrée, on se présente avec sa pièce d'identité et une « note de passage » : un document administratif qui indique qui doit rentrer, à quelle heure et le contenu détaillé du matériel apporté. Un premier poste de contrôle vérifie que tout est en ordre et l'on peut passer au 2ème poste de contrôle. Là, on scanne tous les sacs aux rayons X et l'on passe dans le détecteur de métaux (comme à l'aéroport !). On passe encore un 3ème poste de contrôle et nous voici vraiment dans la prison. Deux postes de contrôle supplémentaires plus tard, nous sommes enfin arrivés au bâtiment où se trouvait notre salle! Joseph nous avait prévenu : « vous verrez, il est plus difficile d'entrer en prison que d'en sortir ! »,

13h20, installation.

A la réunion de préparation, on nous avait présenté Fleury Mérogis comme une prison particulièrement sale et mal entretenue. Au pied des bâtiments la pelouse est recouverte d'un amas de déchets que les détenus lancent par les fenêtres. Le sol de la salle où nous nous installons est recouvert de détritus et de mégots de cigarettes. Pas l'idéal pour y organiser un repas mais le mot d'ordre du jour est : adaptation !

13h30, les premiers détenus arrivent.

1, 2 3 puis finalement 4. Avec les animateurs réquisitionnés pour participer au jeu, c'est donc à 7 personnes que nous allons démarrer ce Repas Insolent ! Nous apprendrons par la suite qu'en réalité il y avait près de 80 détenus inscrits à cet atelier. Leur participation est très variable d'une semaine à l'autre car c'est au surveillant de l'étage où se trouve le détenu qu'incombe la responsabilité de le prévenir et d'aller le chercher en cellule pour qu'il participe à l'animation.
Très polis et sympathiques, les détenus étaient visiblement contents de participer à l'activité. Ils se sont rapidement pris au jeu. Nous avons été agréablement surpris par leurs connaissances sur les thématiques abordées et sur l'actualité. Au moment du repas, les conversations étaient détendues et nous avons pu parler autant des conditions de vie en prison (« on n'a même pas de nutella ! C'est du MUtella !! »), que de l'agriculture biologique (« ça coûte plus cher, non ? ») ou de notre rappeur préféré.

16h45, heure du départ.

Notre note de passage n'est valable que jusqu'à 17h : il nous faut donc nous dépêcher. Au final le bilan est positif. Les participants et les animateurs sont ravis. L'objectif est atteint : pendant deux heures, faire oublier la prison et créer un espace de discussion et d'échanges convivial qui fasse oublier le quotidien.

Bilan, quelques jours plus tard.

Ce fut une expérience très riche, tant sur le plan « technique » (comment parler des inégalités, de ce qui se passe dans le monde à des personnes incarcérées) que sur le plan humain. Elle nous a permis, à mon sens, de donner une autre dimension à ces trois lettres que nous utilisons si souvent : ECS pour Education à la Citoyenneté et à la Solidarité !

Maeva Mahamoud, volontaire à Starting-Block