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AccueilActualitésPortrait"L'éducation populaire, c'est une transmission mutuelle"

"l'engagement au Chili est plus créatif"

Interview camilleCamille est membre de l’association du réseau SENS «AraDoc, collectif documentaire», qui se propose d’utiliser les outils vidéo et audio pour lancer des débats.

Nous l’avons interrogée depuis le Chili, où l’association réalise pendant trois mois un film documentaire sur l'engagement des jeunes d'hier et d'aujourd'hui, de la dictature au 40 ans du coup d'état.

Bonjour Camille, peux-tu nous raconter la création de votre association ?

Bonjour ! En fait avec les quatre autres filles qui composent Aradoc, nous nous sommes rencontrées à Mendoza en Argentine en 2009. En ce qui me concerne, j’étais étudiante en sciences politiques. Nous avons découvert l’histoire des dictatures latinoaméricaines, et ça nous a beaucoup interpellées parce qu’on n’apprend pas du tout ça à l’école en France. Un prof Chilien nous a fait écouter des entretiens de résistants contre la dictature de Pinochet, mais il n’avait pas de vidéos. Une des filles du groupe, Maud, était en école de films documentaires, et l’idée a germé de faire un film qui donne la parole à des militants chiliens sur les raisons de leur engagement. Voila pourquoi nous avons créé Aradoc.

Comment avez-vous préparé votre voyage ?

Le cœur du projet c’est un film de 25 minutes, avec des parties en film d’animation, et au retour nous mettrons en place des ateliers dans des lycées et dans des centres sociaux.

Notre association est basée à Lille, et nous avons obtenu des financements de la fac, de la mairie, de la région, de la fondation Un monde pour tous (créée par Stéphane Hessel), et aussi de la région Bretagne car deux membres de l’asso vivent en Bretagne. Des fondations du Chili et d’Argentine nous ont aussi contactées. En tout nous avons récolté 15 000 €, ce qui nous paie le logement, la nourriture, le matériel, la post-production du documentaire et les ateliers dans les lycées et centres sociaux. Nous avons payé les billets d’avion de notre poche.

Comment se passe votre séjour depuis votre arrivée ?

Nous avons passé pas mal de temps à Santiago, à Valparaiso, et aussi à Concepcion, une ville au sud de Santiago où les luttes ont toujours été très importantes, de même que la répression. En ce moment il y a une effervescence autour des 40 ans du coup d’état contre Salvador Allende, le 11 septembre 1973. Il y a beaucoup de manifestations, sévèrement réprimées, mais aussi des concerts, des débats, des performances artistiques et des actions coup de poing pour interpeller les passants.

manifestationPourquoi les manifestations de commémoration sont-elles réprimées ?

Officiellement, la démocratie est revenue depuis 1990, mais, c’est ce que nous avons découvert en arrivant ici, en réalité peu de choses ont changé pour les gens. La constitution est toujours la même que sous la dictature, les pouvoirs économiques, judiciaires, policiers, sont dans les mêmes mains. La répression est beaucoup plus sévère qu’en Europe, il y a de nombreuses personnes arrêtées à chaque manifestation, et des assassinats politiques, humiliations et tortures dénoncés chaque année.

Ce qui nous a le plus intéressées, c’est que la façon de s’engager des jeunes Chiliens est beaucoup plus créative qu’en France. Dans les manifs, il y a des batucadas, des mimes, des échassiers, du théâtre… Nous avons eu la chance de participer à un atelier de sérigraphie engagée où 120 personnes ont créé leurs affiches et les ont collées le 8 septembre en plein milieu de la manifestation pour les 40 ans du coup d'état. Les affiches ont beaucoup interpellé et ont été relayées dans la presse chilienne. C'était très impressionnant de voir une centaine de personnes habillées de rouge avec balais, caddies et pots de colle se frayer un chemin dans la manifestation pour coller leurs affiches… Nous nous sommes reconnues dans tous ces jeunes engagés hors de partis. Le film devait au départ suivre quatre anciens militants et un jeune, mais finalement il parlera autant de la mémoire des luttes sous la dictature que de l’actualité du mouvement social.

Peux-tu nous en dire plus sur les ateliers que vous mettrez en place à votre retour ?

En lycées, nous montrerons notre film suivi d’un tour des ressentis où nous noterons les réponses des lycéens. Lors de la seconde séance, en présence d’un partenaire chilien, nous ferons un débat mouvant à partir d’un cas de fiction, par exemple : « Si le gouvernement français décidait de passer les frais d’université à 10 000€, que feriez-vous ? ».

Dans les centres d’animation, nous proposerons aux enfants de réaliser des films en stop-motion*, nous ferons de la sérigraphie avec les ados et de la cuisine chilienne avec les adultes. Tout cela servira à préparer une soirée où nous inviterons des artistes chiliens.

Aradoc a récemment rejoint le réseau SENS, qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Nous étions deux de l’association à participer au 20e WEF en avril dernier. Plein de choses m’ont touchée et intéressée, mais je pense que ce qui m’a le plus marquée c’est le sens du détail et la qualité de l’accueil. Ça m’a fait comprendre l’importance de bien recevoir les gens quand on propose une animation, de faire les choses avec soin et anticipation. Nous avons aussi récupéré quelques idées pour notre projet, comme d’organiser un débat mouvant.

Vis-à-vis des autres associations du réseau, je ne sais pas si on montera des actions ensemble, mais en tout cas j’ai senti une même envie de faire des choses de façon innovante…

Propos recueillis par Jean-Marc, Starting-Block

*Un film d’animation composé d’une série de photos.