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Collège et handicap : récit d'un parcours du combattant

Un jeune homme écrivant à l'aide d'un ordinateurLe fils de Roseline Lehoux est étudiant et dyspraxique. On voit souvent le passage du lycée à l'université comme le plus difficile dans le parcours des jeunes en situation de handicap. Mais l'expérience de Roseline et de son fils a été tout autre. Elle a souhaité faire part de son témoignage.

Pouvez-vous nous raconter comment le handicap de votre fils a été détecté ?

En primaire tout allait bien, on m'a juste signalé en fin de CM2 que la lenteur de mon fils pourrait peut-être poser problème au collège. Effectivement, à partir de la 5e, il a commencé à avoir des petits soucis : il écrivait très lentement et se plaignait de douleurs au poignet. Nous avons fait en 4e un bilan chez l'orthoptiste qui révélait en effet une très grosse lenteur autant à écrire qu'à lire par rapport à son âge.

Quelques séances lui ont été prescrites mais ça n'a rien arrangé, au contraire, la situation a empiré, il n'arrivait plus à écrire. Comme il avait tout de même des résultats à peu près bons, pour les professeurs, mon fils faisait simplement preuve de mauvaise volonté.

J'ai parlé avec un voisin, qui a une fille dyslexique dans un autre collège et qui rencontrait des problèmes similaires. Il m'a mise en contact avec une association qui parle de tous les problèmes DYS et qui m'a indiqué les démarches à faire. Nous avons fait des examens chez un neurologue et nous avons rencontré une ergothérapeute qui a détecté tout de suite une dyspraxie. Elle a recommandé d'équiper mon fils d'un ordinateur.

Quels aménagements le collège a-t-il mis en place suite à cette reconnaissance de handicap ?

Le collège a bien voulu admettre le handicap mais n'a rien fait, au prétexte d'un manque de moyens. Pour son brevet blanc, nous n'avons pas eu le temps de faire les attestations nécessaires donc il a passé l'épreuve sans aménagement. J'ai contacté la principale qui m'a tenu des propos assez choquants pour justifier son inaction : « Vous verrez, au lycée, il aura des 2 ou des 3 sur 20 en français »... Pour son brevet il a pu tout de même bénéficier d'un tiers temps supplémentaire mais pas d'un ordinateur.

Alexis LehouxComment cela s'est-il passé ensuite ?

L'ergothérapeute avait prévenu le lycée que mon fils arriverait avec un ordinateur, et il n'y a eu aucun souci. Lors d'un bilan en terminale, la neuropsychiatre a confirmé qu'il pouvait suivre les études qu'il voulait du moment qu'il était outillé. Il a d'ailleurs décroché son bac ES avec mention Bien.

Aujourd'hui il est étudiant en première année d'histoire à l'université et passe les concours de Sciences Po. Quand on lui demande si ça ne le dérange pas d'avoir plus de temps que les autres pour passer les épreuves, il dit qu'il s'en fiche ! Il assume totalement.

Comment expliqueriez-vous les difficultés rencontrées au collège ?

Nous sommes sans doute tombés sur des personnes peu réceptives, mais il faut dire aussi que la dyspraxie est encore très mal connue. Même si la connaissance des troubles DYS progresse, on entend encore surtout parler de la dyslexie. Paradoxalement, je pense que les bons résultats scolaires de mon fils ont aussi joué en sa défaveur : s'il avait été en situation d'échec scolaire, les enseignants et les médecins auraient été forcés de s'intéresser à lui, or, ça n'a pas été le cas. Pour notre part, l'université c'est du gâteau par rapport au collège, contre lequel je garde toujours de la colère après autant d'années.

Propos recueillis par Jean-Marc, Starting-Block