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« Les journées de jumelage sont toujours trop courtes »

Evelyne BlochEvelyne Bloch est professeur de français pour des élèves de collège au centre Maurice Coutrot de Bondy (93), un établissement d’enseignement spécialisé et de rééducations pour l’accueil de jeunes en situation de handicap moteur. Depuis 9 ans, elle est référente des jumelages Handivalides. Elle revient pour nous sur cette expérience enthousiasmante.

Depuis quand connaissez-vous Starting-Block ?

Je connais l’association depuis bientôt 10 ans. Je venais de devenir professeur de français au collège Coutrot. Une amie de ma mère m’a mise en relation avec son fils Fabien, alors président de Starting-Block, qui mettait en place des actions autour du handicap. Le premier jumelage Handivalides a commencé en 2004, avec une classe du collège Thomas Mann dans le 13e arrondissement. Depuis 2010, nous avons également mis en place des groupes de tutorat Handivalides.

En quoi consiste votre travail ?

La différence par rapport à un professeur de français classique, c’est que nous devons adapter les programmes aux besoins des élèves. A Maurice Coutrot nous accueillons des jeunes de la maternelle à la terminale bac pro, il y a à peu près une classe de 8 à 10 élèves par niveau. C’est un établissement scolaire et de soins, il faut donc aménager les journées entre les temps de cours et les temps avec les personnels soignants. De plus, les élèves en situation de handicap ont souvent du retard dans leur scolarité à cause d’hospitalisations par exemple. Enfin, à mesure que de plus en plus de jeunes sont intégrés aux établissements classiques, le public accueilli par notre établissement compte de plus en plus de handicaps lourds. Tous ces éléments sont à prendre en compte dans mon métier d’enseignante.

Comment se déroulent les jumelages Handivalides ?

Chaque année ce sont des classes différentes qui participent, mais depuis le début, nous travaillons avec le collège Thomas Mann, avec des niveaux 6e ou 5e. Le jumelage s’organise autour de trois rencontres entre les classes, une dans chaque collège et la dernière dans un lieu extérieur, avec toutes les autres classes des jumelages Handivalides. En début d’année, nous initions le projet par une séance dans chaque établissement, où Starting-Block vient prendre contact et notamment sensibiliser les élèves valides au handicap. Et cette année nous avons prévu une journée supplémentaire, une sortie à la Cité des Sciences.

Le programme des journées comprend aussi bien des activités sportives que des jeux autour de thématiques variées permettant une ouverture sur le monde et sur des problèmes de société, comme des jeux de rôles costumés qui plaisent beaucoup aux élèves. Mais le grand intérêt des jumelages, ce sont avant tout les relations qui se nouent entre des jeunes d’horizons différents. Avec toutes ces activités et ces rencontres, les journées sont toujours trop courtes… mais il est vrai que de notre côté nous sommes contraints par des horaires très stricts à cause des soins et des transporteurs notamment.

Comment réagissent vos élèves quand on leur présente le jumelage ?

Ils sont en général très contents à l’idée de sortir de leur collège, d’aller à Paris. Nos élèves viennent du 93, de milieux sociaux souvent compliqués, et beaucoup ne peuvent pas partir en vacances. Alors quand on leur propose de sortir, de rencontrer des jeunes de leur âge, pour participer à des activités qui ne tournent pas autour du handicap ou qui abordent d’autres types de handicap qu’ils ne connaissent pas, comme le handicap visuel ou auditif, ils sont la plupart du temps très enthousiastes.

Néanmoins, les jeunes en situation de handicap ont souvent peur du regard des autres, donc ils peuvent avoir une certaine anxiété. Mais elle disparaît tout de suite dès que la rencontre s’est faite. Par exemple un élève était venu me voir après que j’annonce à la classe le jumelage ; il avait peur et n’avait pas envie de participer. Et puis à l’issue de la première journée, il était fou de joie de s’être fait autant d’amis !

Les relations qui se nouent lors des jumelages sont-elles durables ou est-ce qu’elles ne tiennent que le temps de la rencontre ?

C’est sûr que cela peut être difficile pour des jeunes de cet âge de se rendre de Paris à Bondy et, à ma connaissance, les élèves qui se revoient hors du cadre du jumelage sont rares. Par contre, lors des rencontres ils s’échangent toujours leurs numéros de téléphone, leurs emails ou leurs adresses MSN.

Il y a aussi des élèves qui participent pour la deuxième fois au jumelage et cela leur fait très plaisir de se revoir, par exemple. Tous ont en tout cas un grand désir de revivre d’autres journées. Chaque année il m’est difficile de choisir la classe qui bénéficiera du jumelage !

En tant qu’enseignante, qu’est-ce que vous appréciez le plus dans les jumelages Handivalides ?

C’est incontestablement une expérience très utile, qui apporte énormément à tous. Je constate après les jumelages une plus forte cohésion du groupe et un surcroît de dynamisme de la part des élèves. Malheureusement l’organisation du jumelage pour notre établissement est assez lourde et nous manquons de personnel encadrant. Mais je pense qu’il est tout à fait capital de poursuivre cette action et de la développer dans d’autres établissements.

J’apprécie tout particulièrement le travail de l’équipe de Starting-Block : les activités sont bien organisées, et il y a toujours un renouvellement. Et si lors des tout premiers jumelages il a pu y avoir des remarques déplacées de la part de certains élèves valides, nous avons pu en rediscuter et travailler ensemble, de sorte que cela ne s’est pas reproduit par la suite. Bref, je souhaite longue vie aux jumelages Handivalides !

Propos recueillis par Jean-Marc, Starting-Block