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AccueilActualitésPortraitCollège et handicap : récit d'un parcours du combattant

Agnès, animatrice déficiences auditives

Agnès anime l'atelier lors de la journée de clôture de la campagne Handivalides 2012Agnès était animatrice de l'atelier consacré aux déficiences auditives sur la Campagne Handivalides 2012. Agnès est sourde. Elle communique en lisant sur les lèvres et en oralisant. Elle maitrise aussi la langue des signes.

"Dans ma formation de conseillère en économie sociale et familiale, il y avait une partie sensibilisation, et c'est ce qui m'a permis de rencontrer Starting-Block. Lors d'un stage à Rennes, j'avais déjà sensibilisé des personnels soignants à la surdité. Aujourd'hui, je trouve intéressant de toucher un public étudiant.

Quand je reçois une personne ou un groupe sur mon stand pendant une journée Handivalides, je commence par une petite initiation à la langue des signes (bonjour, ça va, pardon, s'il vous plaît, merci...). Puis, à travers des images, je présente des choses de la vie courante et je demande aux étudiants de réfléchir à la manière dont ils pourraient les signer avec les mains. C'est une manière de leur montrer qu'ils sont capables de s'exprimer avec les mains même s'ils n'en ont pas l'habitude parce qu'ils sont entendants. L'objectif est de briser la peur de communiquer avec une personne sourde.

Puis je présente différentes situations en images. Au recto, on voit la situation d'une personne entendante (exemple : le téléphone fait driiiing), et au verso, la situation pour une personne sourde (exemple : le portable vibre).

Pour finir, s'ensuivent d'autres questions comme : comment signer avec une personne sourde dans la rue, si jamais on veut lui demander quelque chose, comment faire pour communiquer dans des situations qu'on pourrait rencontrer dans le monde du travail...

Un enrichissement partagé

Généralement, à la fin de tout ça, les gens s'en vont satisfaits. Mais ça dépend des personnes. On ne sait pas vraiment ce qu'elles pensent. Je vois plus facilement leur intérêt lorsqu'elles posent des questions.

En matière d'échange, c'est parfois difficile, il y a des personnes qui sont parties parce qu'elles n'arrivaient pas à communiquer avec moi. Je peux alors dire qu'on est tous frustrés. C'est un peu dommage.

L'expérience d'animation du stand LSF m'a permis de gagner davantage en confiance parce que j'ai connu des débuts timides... Aller vers l'autre pour parler de ce que je vivais, de ma vie, ce n'était pas facile. Mais, à présent, je me suis un peu lâchée. En fait, c'est un peu comme si je défendais la position des personnes sourdes, je me sens un peu militante par moment.

Moi aussi, j'ai été sensibilisée sur le handicap durant cette campagne Handivalides en travaillant avec à ma collègue Jenny, qui est déficiente visuelle. J'ai beaucoup appris avec elle sur le handicap visuel.

Il y a eu plus d'étudiants que d'enseignants sur mon stand. Mais, lorsqu'ils venaient, ils portaient un très grand intérêt à l'animation et leurs questions étaient souvent pointues !

" La langue des signes a été interdite en France pendant plus de cent ans ! "

Ce qui intriguait beaucoup les enseignants sur le stand, c'était de savoir si on signait tous de la même façon partout dans le monde. Je leur expliquais que la langue des signes comportait différentes nuances qu'on soit au Nord, au Sud, à l'Est ou à l'Ouest. Ces nuances varient en fonction des continents, des pays, des régions, voire même des villes.

Pourquoi ? Simplement parce que la langue des signes n'a pas pu se développer comme une langue à part entière comme les autres, à cause de l'interdiction qu'elle a connue dans l'enseignement entre 1880 à 1991. Cela a été une période longue et difficile. On signait clandestinement. Si un enfant était surpris à signer dans la cour de récréation par exemple, on pouvait lui attacher les mains derrière le dos !

Aujourd'hui, ces nuances n'empêchent pas deux personnes sourdes venant de contrées différentes de communiquer et de se comprendre. Pourquoi ? Parce que la langue des signes est très visuelle. Une tasse à café reste une tasse même si la représentation varie. La forme est toujours à peu près la même. Donc, on peut se comprendre même s'il y a quelques variantes.

J'ai été par le passé professeur de français pour des collégiens sourds, mais la relation avec les étudiants dans le cadre de la Campagne Handivalides n'est pas du tout la même qu'avec les élèves. C'est une relation plus mûre, à travers laquelle je peux transmettre des outils pour communiquer avec des personnes sourdes ou malentendantes."

Propos recueillis par Carnélia Oulabou, animatrice parcours en fauteuil