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Le Service national universel : dispositif favorisant la mixité et l’engagement ou endoctrinement de la jeunesse au détriment des acteurs de la jeunesse et de l’éducation populaire ?

Le Service national universel : dispositif favorisant la mixité et l’engagement ou endoctrinement de la jeunesse au détriment des acteurs de la jeunesse et de l’éducation populaire ?

 

 

Issu des promesses de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, le Service National Universel (SNU) a été lancé officiellement en juin 2019 suscitant de nombreuses controverses et questionnements.

 

Mais avant tout qu’est-ce qu’est exactement le SNU ?

 

Le SNU serait un service civique d’un mois à destination des jeunes français ayant  pour objectif de :

  •  - Accroitre la cohésion et la résilience de la nation en développant une culture de l’engagement
  •  - Garantir un brassage social et territorial de l’ensemble d’une classe d’âge
  •  - Renforcer l’orientation en amont et l’accompagnement des jeunes dans leur parcours personnel  et professionnel
  •  - Valoriser les territoires, leurs dynamiques et le patrimoine culturel
  •  

La version pilote lancée au mois de juin 2018 a concerné 2000 jeunes volontaires âgé.es de 15 à 16 ans et selctionné.es parmi 4000 candidats pour promouvoir une diversité des profils d’études, d’origine géographique, de genre et de validité. Ce dispositif a pour vocation de devenir obligatoire à partir de 2020 et, à terme, de concerner 800 000 jeunes par an.

Concrètement, il s’agit de passer deux semaines dans un internet, situé dans un département différent de ceux dans lesquels habitent les jeunes, avec d’autres jeunes issu.es de l’ensemble du territoire français et de participer à des modules sur des thématiques telles que la défense et la sécurité, la promotion de la santé, le code de la route, la connaissance des services publics et l’accès aux droits ou encore la citoyenneté. Ses stages sont encadrés par des animateur.rices et encadrant .es diplomé.es (BAFA et BAFD ) et animés par des personnes issues de l’éducation nationale, de l’armée et de l’éducation populaire.

La démarche pédagogique affichée est celle d’une pédagogie active, participative et collective illustrée par des activités physiques « en pleine nature », des visites, des témoignages et des rencontres avec des experts.

Ce stage en internat serait suivi par un engagement dans le cadre d’une mission d’intérêt général  au sein d’association ou de structures et établissements de service public d’une durée de deux semaines. Il semble que lorsque, et si, ce dispositif accueillera des jeunes majeur.es, ces dernier.es  seront incité.es à mener une mission d’au minimum trois mois.

 

Face à ce dispositif, de nombreuses organisations se sont exprimées pour exprimer leur soutien ou leur réserve ou leur complète opposition.

La Ligue de l’enseignement et Léo Lagrange ont publiquement exprimé leur soutien à ce dispositif en expliquant que ce dernier permettait une mise en application de leur souhait de mixité sociale et de promotion de l’engagement auprès des jeunes. Léo Lagrange  considère qu’il s’agit là d’une opportunité pour favoriser la cohésion sociale et le décloisonnement des territoires tout en insistant sur l’importance d’une période d’engagement pratique de longue durée (3 mois) auprès de structure portant des missions d’intérêt général.  Dans la même démarche, l’association Unis-cité considère que le SNU peut et doit favoriser le développement du service civique en représentant une première expérience d’engagement pour les jeunes.  Le positionnement de ces associations et fédérations est critiqué par certain.es qui considèrent qu’ils  se rendent complice d’une tentative de « mise au pas » et de militarisation de la jeunesse par le gouvernement[1].

 

En effet, de nombreuses structures, expert.es et collectif ont exprimés des critiques face au dispositif du SNU.

 

  • Une promotion de la mixité et de l’engagement
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Un des premiers objectifs du SNU est de favoriser la rencontre et la mixité pour promouvoir une cohésion nationale. Pour cela, les jeunes sont en internats en dehors de leur département d’origine et partage leur quotidien avec d’autres jeunes issu.es de divers milieux sociaux, géographique…  Le CNAJEP (Conseil National des Associations de Jeunesse et d’Education Populaire) pointe du doigt le fait qu’il apparait impossible d’atteindre cet objectif de cohésion pat la mise en place d’une mixité forcée sur une si courte période[2]. En effet, il semble que la mixité ne puisse produire de la cohésion que lorsqu’elle est une réalité quotidienne dans les différents espaces de vie des individus (école, loisirs, travail) et non pas sur une période courte et dans un espace déconnecté du quotidien des jeunes[3].  Par ailleurs, il s’agit, dans le cadre du SNU, de la construction d’une cohésion fondée sur une volonté d’uniformisation (port de l’uniforme, interdiction du port de signes religieux ostentatoires, ect) et non pas sur la découverte et le dialogue et la compréhension de la diversité et de la différence.

Le gouvernement annonce souhaiter, à travers le SNU, favoriser et promouvoir l’engagement des jeunes au service de l’intérêt général.  Là encore, pour beaucoup d’acteurs de l’éducation populaire, cet objectif semble difficile à atteindre dans le cadre d’un dispositif obligatoire pour les jeunes. Le CNAJEP réaffirme2  le fait que l’engagement ne peut se décréter et que le rôle des acteurs éducatifs est de favoriser les conditions de l’engagement et d’accompagner les jeunes dans celui-ci, ce qui est un processus long. Une des conditions qui semble essentiel à l’engagement des jeunes semble être le soutien aux très nombreuses structures qui accompagnement les jeunes au quotidien mais aussi  le travail sur les solutions apportées au problème de la précarité sociale et économique des jeunes.  D’ailleurs, il n’est pas encore indiqué si une indemnisation serait proposée aux jeunes qui effectuaient  une mission d’intérêt général de trois mois ou plus dans le cadre du SNU.

 

  • La transmission de valeurs républicaines et éducation à la citoyenneté
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Si la transmission des valeurs de la République n’apparait pas dans les objectifs affichés du SNU, il semble néanmoins qu’un accent fort soit mis sur les symboles de la république tels que la levée du drapeau ou encore le chant de la Marseillaise.  Par ailleurs, la citoyenneté apparait comme une des thématiques, non obligatoire, préconisé dans l’organisation du programme du SNU. Cependant nous pouvons nous interroger sur le sens qu’il est donné à ces symboles et ses valeurs. Est-on là dans une forme d’endoctrinement ou bien favorisera  t-on l’expression, le débat et le développement de l’esprit critique. S’il est annoncé que les méthodes pédagogiques seront participatives et actives, nous pouvons néanmoins nous interroger sur la réalité de cette démarche au regard des exemples d’activités citées (activités physiques, visite de site et rencontre de témoins) qui correspondent peu à ce que les mouvements d’Education Populaire et d’Education à la Citoyenneté et à la Solidarité considèrent comme une pédagogie active et participative.

Dans l’emploi du temps d’une des premières sessions de SNU qui a été rendu public[4], nous constatons qu’une seule après-midi a été consacrée à des ateliers d’éducation à la citoyenneté. Par ailleurs, nous pouvons nous interroger sur le contenu de l’atelier « éducation aux médias » qui a été proposé aux jeunes au regard de la polémique suite à des suspicions d’entente commerciale avec de jeunes youtubeurs  ayant publié des vidéos de promotion du SNU sans informer leur public d’un partenariat éventuel avec le gouvernement[5].

  • Un dispositif au détriment d’une politique jeunesse transversale et du soutien aux structures de jeunesse et d’éducation populaire

Si certaines structures et associations de jeunesse et éducation populaire se reconnaissent dans certains objectifs et valeurs du SNU, il apparaît légitime de s’interroger sur la pertinence de la mise en place d’un nouveau dispositif au vu de l’existence d’acteur.rices de terrain  mettant déjà en place des actions de qualité, au quotidien et sur un temps long, auprès des jeunes.  Cela questionne d’autant plus que beaucoup de ces structures sont de plus en plus fragilisées par une diminution du soutien, y compris financier, des institutions publiques à leur égard.  Le CNAJEP exprime ainsi son inquiétude que ce dispositif puisse se substituer  à une politique de jeunesse et de soutien à la vie associative transversale, de qualité et au plus près des jeunes et de leurs réalités.

Le financement du SNU n’a pas, pour l’instant, fait l’objet d’explications précises de la part du gouvernement. En effet, si l’expérimentation de 2019 a été financée par des fonds ponctionnés sur les programmes « jeunesse et vie associative » et « conduite et soutien des politiques sanitaires, du sport, de la jeunesse et de la vie associative » de l’Education Nationale, l’origine des financements du projet à partir de 2020 n’est pas claire. D’après certaines annonces, il semble que les collectivités territoriales pourraient être mises à contribution dans l’alimentation de ce budget qui a été évalué à un montant compris entre 2,4 et 3 milliards d’euros par an par les cinq inspections générales  des armées, des finances, de l’administration et de l’éducation nationale[6]. Dans un contexte de fragilisation des collectivités par une baisse importante des dotations,  cela risque de soulever d’importantes difficultés.

 

 

  • Le respect des libertés publiques et individuelles
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La Fédération des parents d’élèves, la FCPE, a publié une tribune qui dénonce une tentative de militarisation de la jeunesse et questionne les relations éducatives, misent en place dans le cadre des SNU, qui semble basée sur l’obéissance et la punition. Cette critique rejoint celles de nombreux parents qui expriment leur inquiétude quant à la perspective de voir leurs enfants participer à ces stages. En effet,  aucune possibilité de faire objection de conscience n’ayant été évoquée, il semble que le SNU ne soit amené à devenir la seule occasion ou le jeune ou sa famille n’a pas d’autre choix que de se conformer au choix de l’Etat. [7] En effet, les familles peuvent choisir l’éducation qu’ils souhaitent donner à leurs enfants et même choisir l’école dans laquelle sont inscrits leurs enfants. Il semble ici que le choix d’inculquer ou non les valeurs patriotiques et républicaines ou la manière de le faire ne soit plus du ressort de l’individu concerné et de sa famille.

Par ailleurs, les rapporteurs du rapport sur le SNU pour le gouvernement soulignent que l’obligation de séjourner en internet pose des problématiques juridiques vis-à-vis des libertés publiques en raison de la restriction de la liberté de circuler des individus.

Si les jeunes qui ont participé à la première édition du SNU étaient volontaires, il sera intéressant de voir quelles seront les réactions  et les solutions apportées lorsque les premières oppositions des jeunes émergeront dès lors que le SNU deviendra obligatoire.

 

De nombreux collectifs et associations ne se sont pas encore prononcés de manière définitive sur ce nouveau dispositif et restent partager entre des réticences fondées sur les points évoqués précédemment et l’opportunité d’influencer la démarche en l’intégrant et en proposant de réel temps d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité s’appuyant sur des pédagogies issues des mouvements d’éducation populaire.

Il sera intéressant de voir quels seront les apports de l’évaluation menée par l’INJEP et l’Education Nationale sur cette année d’expérimentation afin d’en tirer les enseignements nécessaires et de se positionner vis-à-vis du dispositif du Service National Universel.