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Le tutorat Handivalides à Palaiseau... Un petit tour et puis s'en va ?

Tutorat à PalaiseauBienvenue à Palaiseau ! Ici, en plein cœur de l'Essonne, Starting-Block a noué cette année un nouveau partenariat : un groupe de Tutorat Handivalides. Animé par des étudiants de l'association Keep Cap (aussi engagée sur la Campagne Handivalides), de l'école Centrale Supélec, le tutorat a lieu dans la classe ULIS du collège Charles Péguy, tous les lundis après-midi, depuis novembre 2014. Un projet bénéfique pour les élèves… aujourd’hui en danger.

Starting-Block a choisi mettre en avant ce groupe, car il fait face aujourd'hui à une situation particulièrement compliquée. En effet, sur décision de l'Inspection académique, la classe ULIS ne sera pas reconduite à la rentrée 2015. Elle sera délocalisée dans un autre établissement de l'académie de Versailles. Une pétition est lancée, pour refuser ce déménagement. Starting-Block a décidé, dans le cadre du partenariat avec l'établissement, de relayer le mouvement de protestation.

Deux personnes concernées par cette fermeture témoignent de leur expérience positive au collège Péguy et de leurs craintes quant au changement d’établissement. Laissons la parole à Mme Quinchez, enseignante spécialisée encadrant l’ULIS, puis à Mme Adondi Bodin, mère d’une élève scolarisée dans cette classe, au cœur de la pétition et du mouvement de protestation.

Mme Quinchez, enseignante de la classe ULIS : « Ce travail de longue haleine avec les élèves ne pourra aboutir que s'il perdure dans le temps. »

Pouvez-vous nous présenter votre classe ULIS ?

L'ULIS accueille des élèves tous porteurs d'autisme. Sa création en 1986 correspondait à une nécessité, elle répond aujourd'hui aux exigences de la loi de 2005 sur la scolarisation des enfants en situation de handicap. Les élèves ont été admis en ULIS sur proposition de la Maison Départementale Des Personnes Handicapées (MDPH).

Quel est le profil de vos élèves ?

L’ULIS est composé de douze jeunes (neuf garçons et trois filles) de 12 à 16 ans, tous diagnostiqués comme autistes. Malgré ce diagnostic commun, ils sont tous différents, ce qui fait l'hétérogénéité de cette classe. Ils ne sont pas tous lecteurs et ont des compétences de niveau cycle 2 et/ou 3 (palier 2 du socle commun des connaissances et des compétences).

Comment cela se passe-t-il pour chacun d'eux, en termes d'organisation de l'emploi du temps, de suivi, de travail avec des structures extérieures au collège … ?

Le temps de prise en charge au sein du dispositif ULIS est défini en fonction des besoins éducatifs particuliers des élèves et varie entre deux et six demi-journées par semaine. La majorité d'entre eux est également suivie par d'autres structures telles que les Instituts Médico-Educatifs (IME), les hôpitaux de jour et les Services d'Education Spécialisée et de Soins A Domicile.

Les douze élèves sont intégrés dans différentes matières en fonction de leur niveau, et sont le plus souvent possible accompagnés par l'AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap). Les matières d’inclusion sont les suivantes : L’EPS, la musique, les arts plastiques… D’autre part, certains élèves sont inclus dans d’autres matières : SVT, histoire-géographie, français, physique-chimie, anglais, mathématiques…

Au sein du dispositif, nous reprenons essentiellement les bases et français et de mathématiques et nous travaillons autour de projets tels que créer une maquette du système solaire, écrire un livre à la manière de... De plus, chaque élève a un projet individualisé qui est élaboré en concertation avec la famille et les structures de soins lors des Équipes de Suivi de Scolarisation.

Qu'est-ce que l'autisme ?

Les élèves atteints d’autisme ont des problèmes de communication et des comportements sociaux différents des nôtres. Chaque élève porteur d'autisme exprime son handicap différemment. Il est donc complexe d'en faire une description unique, mais voici des symptômes possibles : paraître indifférent aux autres, ne pas parler, ne pas aller vers les autres élèves, avoir des comportements répétitifs ou « bizarres » (pousser des cris, faire de grands gestes, bouger sans cesse…). Il peut bien sûr y avoir d’autres exemples de conduite autistique. Tous ces comportements font partie de leur handicap et ils ne les contrôlent pas. Un élève autiste n’est pas dangereux, il est juste différent.

Cette année, Starting-Block intervient toutes les semaines avec les élèves dans le cadre du Tutorat. Que pensez-vous de ce projet ? Comment les élèves l'ont-ils intégré ?

C'est avec enthousiasme que j'ai accueilli ce partenariat. En effet, beaucoup d'élèves sortent du dispositif ULIS sans solution. L'orientation de ces jeunes est souvent difficile du fait de leur handicap mais également à cause du manque d'informations. Les élèves ont vite adhéré à ce projet d'une part parce que l'approche est ludique et d'autre part car les tuteurs ont fait preuve d'un vrai professionnalisme. Ils ont su s'adapter à leur handicap et être à l'écoute de mes remarques.

Les tuteurs ont réussi à leur donner envie de participer. Des interactions commencent à apparaître. La médiation par le jeu (mimes, olympiades...) se révèle très positive. C'est une manière pour eux de commencer à appartenir à un groupe. Les comportements de certains commencent à changer (moins de cris, certains s'expriment davantage, d'autres sont plus attentifs...).

Néanmoins, tout ce travail n'est qu'un préalable pour pouvoir aborder plus spécifiquement les différents métiers qu'ils pourraient exercer dans le futur. Ce sera un travail de longue haleine qui ne pourra aboutir que s'il perdure dans le temps.

Tutorat à Palaiseau

Mme Adondi Bodin, mère d’élève : « Avec ce déménagement, le risque de retour en arrière et de perdre tout le travail mené depuis plusieurs années est réel ».

Pouvez-vous nous parler un peu de votre enfant, de sa présence à l'ULIS du collège Péguy ?

Ma fille est arrivée en 6e à Péguy, après avoir été scolarisée en CLIS. Ces dispositifs d'inclusion sont extrêmement bénéfiques pour nos enfants, mais seulement s'ils sont accompagnés et encadrés adéquatement ! A Péguy, ma fille a été accueillie et a bénéficié d'un suivi réellement individualisé dès la 6e. Le travail de l'équipe pédagogique est remarquable : aujourd'hui, ma fille sait lire, écrire et compter, alors que nous n'imaginions pas cela il y a quelques années ! Aujourd'hui en 4e, elle assiste au cours d'arts plastiques, de musique et de sport en inclusion (avec les autres élèves), seule, sans accompagnement.. Cette autonomie est un progrès indéniable !

L'ULIS du collège Péguy existe depuis 30 ans. De ce fait, le projet bénéficie d'un réel ancrage local : tout le monde le connaît, les gens (les collégiens, leurs proches...), sont sensibilisés à la question du handicap… Un vrai travail de fond sur l’inclusion est mené, avec l'ensemble des acteurs du collège.

Que pensez-vous des projets mis en place dans le collège ?

La qualité du suivi de l'équipe pédagogique, de l'enseignante et de l'AVS, mais aussi de l'ensemble des professeurs qui accueillent ma fille en classe ordinaire, se voit aussi à travers les différents projets transversaux mis en place. Notamment, un projet « Opéra », qui a permis aux élèves de l'ULIS d'aller visiter l'opéra de Massy, d'en rencontrer les acteurs, ou, l'année dernière par exemple, un travail avec un chorégraphe qui a donné lieu à un spectacle devant nous...

Cette année, le projet de Starting-Block s'ajoute à cette dynamique : tout ce travail est bénéfique pour les enfants, autant sur la rencontre avec des acteurs extérieurs, sur des ateliers et des jeux différents, sur la possibilité de s'exprimer autrement pour eux…

Aujourd'hui, la décision est de fermer la classe ULIS de Palaiseau, pour en ouvrir une sur la commune de Brétigny-sur-Orge. Vous êtes opposée à cette mesure : pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Quels sont les enjeux pour votre fille et les autres élèves ?

Ma fille est en 4e, elle n'a plus qu'un an à faire en ULIS. Elle a mis, à son arrivée à Péguy, 6 mois à s'adapter à son nouvel environnement, aux autres élèves, au rythme... Le calcul est rapide : si elle change d'établissement en septembre, elle perdra cette dernière année ! Pire, je pense que le risque de retour en arrière et de perdre de tout le travail qui a été mené avec elle depuis plusieurs années est réel.

Ce déménagement paraît d'autant plus risqué que les processus de transition et de transmission ne seront peut-être pas correctement effectués. Je crains qu’en arrivant dans un nouvel établissement, les élèves déjà perturbés par le changement, risquent en plus d'être accueillis par une équipe pas ou peu formée, dans un environnement et face à une population plus difficile et non sensibilisée au handicap...

Enfin, cette décision a été prise sans aucun dialogue avec les professeurs, ni les parents. Elle exprime un manque de reconnaissance du travail extraordinaire de Mme Quinchez et de l'ensemble de l'équipe.

Nous ne nions pas qu'il existe un réel besoin d'une structure ULIS pour enfants ayant des troubles autistiques dans le Sud de l'Essonne, mais alors... pourquoi ne pas garder celle de Péguy et en ouvrir une à Brétigny ?

Pour aller plus loin : la pétition mise en ligne par les parents, à signer de toute urgence !

Et une pétition sur la scolarisation des enfants atteints de troubles autistiques.

Merci aux intervenantes, Mme Quinchez et Mme Adondi.

Merci aussi à Lionel Husson, et aux étudiants-tuteurs de Centrale Supélec, Manon, Charles et Louis, grâce à qui le Tutorat est arrivé jusqu'à Palaiseau !

Tutorat à Palaiseau