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Starting-Block, une asso d'éduc pop ?

Atelier de réflexion sur l'Education Populaire

Depuis quelques mois, le lien entre Starting-Block et l'éducation populaire nous questionne au sein de l'association. Nous avons pris du temps en réunions, lors de nos formations et lors d'évènements à l'extérieur pour nous interroger. Anne, chargée de mission outils et ressources pédagogiques à Starting-Block, tente d'apporter sa réponse à la question.

Starting-Block se revendique de l'éducation populaire mais se déclare aussi apolitique.

Or, l'éducation populaire, n'est-ce pas justement une démarche politisée ? Elle est en effet très ancrée dans une histoire et des mouvements de lutte contre les systèmes politiques en place. D'ailleurs ceux qui s'en revendiquent se disent « militants », en lutte quoi ! Et puis, est-ce que ça existe encore l'éducation populaire ? Entre nous, permanents comme bénévoles, la question fait débat.

Alors, nous commençons par vouloir la définir. Mais tout se complique très vite, car aucune définition reconnue par tous n'existe justement. Aucune définition « officielle » puisqu'il n'y a pas de grand manitou auto déclaré et accepté de l'éduc pop. Cela ne va pas nous faciliter la tâche !

Il y a pourtant des mouvements, des associations, des syndicats, des éducateurs, des chercheurs universitaires et même des ministères qui se rattachent clairement à l'éducation populaire. Difficile d'y voir clair dans tout ce mélange. En France, on parle d'éducation populaire tandis que nos voisins belges parlent d'éducation permanente.

Finalement, c'est quoi au juste « l'éduc pop » et surtout qu'est-ce que ça change pour une structure de faire de l'éducation populaire ?

Parmi tous les intervenants que j'ai eu la chance de rencontrer au cours de mon parcours startien, il y en a deux qui m'ont tout de même donné quelques clés de compréhension, à leur façon.

Lors d'un colloque à Aubervilliers sur l'éducation populaire il y a quelques semaines, Olivier Douard, sociologue, nous parle de l'éducation populaire comme d'un « accompagnement vers la citoyenneté active ». Avec une visée démocratique, elle questionne la place de chacun et la possibilité donnée à tous de prendre des décisions en connaissance de cause. Il s'agit de devenir acteurs de changement. Tiens, tiens, tiens : on y entendrait presque un petit air de « provocateurs de solidarité ».

Il y a quelques mois, à une formation au jeu de la ficelle, un formateur belge bien connu des wef, Daniel Cauchy, a partagé lui aussi sa vision de l'engagement. Alors que je trouvais que certains discours pouvaient être parfois culpabilisants, il nous a parlé de « militance joyeuse » et de l'importance d'avancer à son rythme, en fonction de son évolution personnelle, de ses envies, de ses racines aussi. On est loin de l'image caricaturale des militants embrigadés, poings levés et couteaux entre les dents.

Bon, je commence à y voir un peu plus clair.

Pour traduire toutes ces notions en termes plus « startiens », je dirais que l'éducation populaire est surtout un moyen pour laisser la possibilité à ceux qui la pratiquent de s'engager dans un projet, une formation, une animation, une sensibilisation.

Les éducateurs et animateurs que nous sommes sont aussi « publics » de la démarche. En animant, nous nous formons. Nous faisons évoluer nos opinions et nos visions du monde en nous « frottant » aux collégiens, aux enseignants, aux institutionnels, aux passants dans la rue.

Une démarche d'éducation populaire, c'est permettre à tous d'avoir suffisamment d'éléments de décryptage pour se forger une opinion. A condition qu'elle soit réellement pensée et assumée.

Lorsque nous intervenons dans une classe ou sur un forum, notre but n'est alors pas forcément de convaincre ou de faire adhérer à notre vision du monde. Mais de proposer un espace de débat, un lieu d'expression.

Les débats mouvants, les mises en situation, les ateliers d'immersion tels que le jeu des Villageois de Diambey deviennent des prétextes pour entrer en relation avec des jeunes et des moins jeunes et déclencher la discussion.

Que faire de la question de l'engagement politique ?

Il suffit peut-être simplement de sortir du schéma purement politicien et de ne pas raisonner en pensant aux partis politiques. Avec l'éducation populaire, chacun devient acteur de ses engagements et aussi de ses choix de vie.

Mais l'éducation populaire, n'est-ce pas un concept un peu ringard ?

L'éducation populaire, à mon sens, ne peut pas se contenter de s'appuyer uniquement sur les expériences menées depuis plus d'un siècle aujourd'hui. Elle s'en nourrit mais doit continuer d'avancer, d'innover, de proposer de nouvelles méthodes d'apprentissages et d'échanges.

Finalement, je me dis que l'éduc pop en termes 2.0, c'est peut-être le Do It Yourself prôné par de plus en plus de mouvements et d'associations : c'est-à-dire l'idée que chacun peut apprendre à « bidouiller ».

Initié par les geeks autour des licences libres et autres joyeusetés informatiques, elle se traduit par toutes les possibilités de faire les choses par soi-même : jardin partagé, disco soupe et disco salade, partage des ressources, atelier de bricolage et de bidouillages mis à disposition dans les différents Fab Lab qui se multiplient, ruche qui dit oui... les possibilités sont nombreuses et à réinventer chaque jour.

Petit clin d'œil au passage à nos copains de l'asso Under Construction qui mettent en place depuis quelques temps ce croisement de pratiques entre bidouille et éducation populaire dans le cadre de leurs week-ends de formation !

Pour nous startiens, l'éducation populaire, c'est à la fois une démarche individuelle de prise de conscience du monde dans lequel nous vivons, et une démarche collective, qui passe par des méthodes d'animation, des processus de formation et de création pédagogique à questionner et à réinventer régulièrement.

C'est aussi l'idée du changement social : permettre à tout un chacun de prendre sa place et de construire un monde qui ne repose pas uniquement sur des élites ou sur des causes passées mais sur nous tous, aujourd'hui !

Anne, Starting-Block

Pour continuer ces réflexions, pourquoi ne pas nous rejoindre aux Universités d'été de Starting-Block, les 6 et 7 juillet ? Plusieurs temps de débat sur le projet associatif seront notamment proposés.

Lire aussi : le retour sur l'atelier "éducation populaire" lors du week-end d'échanges et de formation d'avril 2013