Navigateur incompatible avec le site Starting Block
Conteneur global
Fil d'ariane
AccueilActualitésFocusDébat général sur les publics de Start

C’est la rentrée des classes : Quelle école voulons-nous ?

la conférence de Pauline sur l'écoleLe mois de septembre est l'occasion idéale d'aborder un sujet qui nous tient particulièrement à cœur (puisque c'est un de nos terrains d'action privilégiés) : l'école. Pour en discuter, nous avons choisi de retrouver Pauline Christophe, auteur du blog « En sortant de l'école ». Le regard critique et aigu qu'elle porte sur l'Education Nationale ne manquera pas de susciter des réactions. Allez-y dans l'espace commentaires en dessous de l'article !

Rappel des épisodes précédents :
Depuis toute petite, Pauline voulait être « maîtresse d'école ». Elle réalise son rêve mais déchante rapidement, confrontée aux difficultés du terrain et aux absurdités du système éducatif institutionnel. Elle a fait de cette expérience une conférence gesticulée qu'elle nous a présentée notamment au WEF de novembre 2011. Aujourd'hui elle est en tournée en France mais aussi ailleurs (elle est actuellement au Québec).

Salut Pauline ! Le sujet est vaste, mais pour commencer, est-ce que tu peux nous dire, en très résumé, ce que tu reproches au système éducatif français ?

Pour comprendre, il faut venir voir ma conférence. En gros, j'y dénonce, à travers ma propre expérience de terrain, une école "fermée", "cloisonnée", "découpée" en niveaux sans aucun fondement si ce n'est la "classe d'âge". Une école qui a perdu son sens, son but et son humanité. On y parle de résultats, d'objectifs quantitatifs et non d'enfants...

Pour moi, l'éducation, ce n'est pas sélectionner les enfants les plus productifs et éliminer les autres : c'est permettre à chacun d'avancer et l'aider à trouver sa voie dans la société. C'est aussi donner aux jeunes des armes pour se forger un sens critique, ne pas accepter tout ce qu'on leur dit, remettre en cause les cadres établis.

Mais au bout de quelques années où j'ai tenté de mettre en pratique cette vision, j'ai pu constater que ce n'était pas possible dans le cadre de l'Education Nationale actuelle. J'ai tenté d'y arriver par un autre moyen, et ça a été la création d'une conférence gesticulée.

Cela fait presque un an que tu nous as présenté ta conférence lors d'un WEF. Depuis, qu'est-ce qui a changé pour toi ?

Et bien, fin novembre 2011, au bout de deux ans de « disponibilité pour convenance personnelle », je suis passée à l'acte : j'ai posté ma lettre de démission de l'Education Nationale. Pendant longtemps, j'ai cherché, retourné, sondé tous les coins et recoins de moi-même à la quête d'une réponse à la question : "ai-je toujours envie d'enseigner au sein de l'Education Nationale ?"

Je n'étais pas seule : j'étais accompagnée de ma conférence « En sortant de l'école » qui m'a permis non seulement de comprendre tout un tas de choses sur l'école française, sur les rouages de ce système, de prendre du recul, comme on dit, mais aussi de ME comprendre moi-même et de finir par SAVOIR où était ma place.

Deux ans plus tard, je trouve une réponse : je ne me retrouve pas dans ce système mais je veux continuer à militer pour une Ecole digne de ce nom, telle que moi je l'ai toujours imaginée, pour mes enfants et pour tous ceux des autres.

Pauline Christophe pendant sa conférenceCette décision, plutôt radicale, n'a pas dû être facile à prendre ?

J'ai beaucoup culpabilisé sur le fait de ne plus lutter de l'intérieur. Sur le fait d'avoir..."abandonné les élèves" comme un principal de collège m'a dit un jour. C'est pour ça que je ne me voyais pas démissionner tout de suite. C'est pour ça que je n'étais pas prête. Et puis, j'ai fini par accepter le fait (mais c'est dur !) que je n'étais pas faite pour ça.

Mais je veux continuer à militer. J'ai compris qu'on peut militer pour l'école, sans être enseignant. Car cela nous concerne tous. Je ne vais plus être une enseignante de l'école publique française, mais il n'y a pas qu'une seule façon d'éduquer : et je compte bien trouver ma manière à travers l'éducation populaire. Ma conférence gesticulée en fait partie.

Est-ce que les élections et l'arrivée d'un nouveau gouvernement qui a déclaré l'éducation comme une de ses priorités ne constituent pas un peu d'espoir pour toi ?

Je pense que la manière de gérer l'Education dans un pays va de pair avec la manière dont le pays fonctionne. Tant que la France fera partie du système néo-libéral, tant que les prétendants au postes de gouvernance de ce pays ne se poseront pas la question d'un changement radical de gouverner, tant que les lois de ce pays dépendront des décisions des grandes banques privées, tant qu'il y aura des barrières financières, idéologiques et sociales entre les êtres humains, l'éducation du pays ne sera pas en accord avec ce que je défends. Tout cela fait que je ne crois pas aux promesses de Hollande.

Pour terminer sur une note un peu plus optimiste, peux tu nous raconter ce que tu fais actuellement au Québec ?

Après pas mal de représentations en France, qui sont à chaque fois de moments très forts de partage avec le public, où je me suis rendue compte que je suis très loin d'être la seule à avoir ressenti ces frustrations dans mon métier de prof, j'ai voulu aller un peu voir ailleurs comment ça marchait. Le mouvement étudiant du printemps au Québec contre le gouvernement libéral et la hausse des frais d'inscriptions m'a particulièrement intéressée, et grâce à des contacts là-bas j'ai pu y organiser une petite tournée. Toutes ces rencontres me donnent encore plus d'idées et d'énergie pour la suite !

Propos recueillis par Amélie Nicaise, Starting-Block