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Les actualités de Starting Block

S'outiller pour une connaissance pertinente

En guise d’introduction à cette réflexion sur nos pratiques éducatives, nous citerons les travaux de Paulo Freire, pédagogue, philosophe et activiste dont la précieuse Pédagogie des opprimés exposait, dès 1970, sa vision d’une éducation libératrice. Il rappelait que l’objectif de l’éducation devait être d’amener chacun à « apprendre à lire la réalité pour écrire sa propre histoire » tout en soulignant que « personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul, les hommes s’éduquent ensemble par l’intermédiaire du monde ».

Pédagogie émancipatrice, l’éducation populaire trouve son origine en France à l’époque des Lumières, dans un contexte de lutte contre l’obscurantisme et contre l’emprise de l’Église catholique. La volonté de mettre sur pied une éducation du peuple, par le peuple et pour le peuple se faisait entendre dès les premiers discours révolutionnaires. Mais quelles étaient précisément ces idées novatrices en matière d’éducation laïque et républicaine ? Et à quels nouveaux obscurantismes contemporains faisons nous face aujourd’hui ?

L’éducation populaire désigne « un processus visant l’émancipation ». Il s’agit d’une part « de sortir des évidences » grâce à une prise de conscience critique des enjeux qui nous entourent, et d’autre part « de sortir de l’impuissance » en expérimentant collectivement sa capacité d’action.

Cependant, dès les années 1990, avec la fin du monde bipolaire et l’avènement d’un monde globalisé, de nouveaux enjeux sociétaux sont apparus dont il est nécessaire d’appréhender la complexité et l’interdépendance. La mondialisation nous oblige en effet à repenser les interdépendances entre nos actions locales et le monde global. En ce sens, les objectifs d’une pédagogie émancipatrice et libératrice ont évolué, et ce notamment depuis l’émergence de ce que l’on appelle l’Éducation à la Citoyenneté et à la Solidarité Internationale (ECSI). Apparue dès la seconde moitié du XXème siècle, elle se donne les moyens de convaincre les citoyens de leur capacité à appréhender la complexité du monde qui les entoure. Pour cela, l’ECSI s’empare d’approches pédagogiques participatives et inclusives et peut se résumer par la formule : s'informer - comprendre – agir. L’objectif étant alors de développer son esprit critique, en comprenant notamment les origines des inégalités existantes, et devenir force de proposition pour recréer de la solidarité à l’échelle locale et internationale.

Toutefois, les nouveaux enjeux auxquels la communauté humaine fait face de nos jours – à l’instar du multiculturalisme ou de l’écologie – nous confrontent en tant qu’acteurs de l’éducation populaire et de l’ECSI au sentiment de notre relative impuissance. Face à l’ampleur des transformations nécessaires pour construire un monde viable et solidaire, nous devons alors repenser nos modèles d’émancipation. Si notre objectif reste d’amener une compréhension critique du milieu qui nous entoure, celle-ci se doit de passer par une prise de conscience de ce que signifie notre réalité humaine, pour ainsi mieux appréhender la connaissance humaine et nos capacités d’agir.

Or, le postulat anthropologique de l’éducation populaire est celui de parvenir à penser le caractère inachevé des êtres humains. « C’est la reconnaissance de ce sentiment de carence, de nécessité des autres pour connaître, agir et faire partie du monde qui justifie la possibilité de l’éducation, qui ne saurait être autre chose que communication et dialogue. »  En ce sens, l’acte de connaître ne doit pas être entendu comme une simple opération purement intellectuelle. Bien plutôt, il s’agit avant tout d’un processus articulé sur toutes les dimensions humaines, à commencer par la pratique et l’expérience. Seule une pratique pédagogique transformatrice, dans laquelle interviennent les émotions, désirs, intentions mais également les valeurs et utopies, peut être à même d’amener chacun et chacune à déjouer les erreurs et illusions de la connaissance.

En outre, les pratiques pédagogiques développées par l’éducation populaire reposant sur la construction collective du savoir, le dialogue et l’action, doivent également explorer de nouvelles formes de transversalités. Il s’agit de mieux s’envisager soi-même, de mieux saisir les stratégies de l’ego et les ressorts de la compréhension humaine afin d’être à même de nous relier et dépasser nos crispations identitaires. Ainsi, les pratiques de métacognition, encore peu présentes au sein de l’éducation populaire devraient davantage se développer. Car connaitre le monde demande aussi de se connaitre, mais aussi de connaitre ce que signifie connaitre, et donc ce qu’est la connaissance. Or, ces aptitudes sont encore peu investies dans le milieu de l’éducation. Et, c’est bien d’ailleurs, ce que souligne avec regret le philosophe Edgard Morin dans son ouvrage intitulé Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Par ailleurs, la transversalité est également nécessaire pour dépasser la transmission traditionnelle de savoirs cloisonnés. En prodiguant des savoirs fragmentés, l’éducation traditionnelle ne permet pas de relier les connaissances et de penser les grands problèmes du monde de façon systémique et globale.

À partir d’un tel constat, comment régénérer nos pratiques, créer des transversalités dans nos expériences et nos savoirs, comment ré-enchanter nos imaginaires ?

C‘est à cette question que des associations tentent de trouver une réponse.

 

Demain Nos Enfants, association initiatrice du projet, Starting Block, Radio Raptz et Ressources alternatives, acteurs de l’éducation populaire et de l’ECSI, rassemblent leurs compétences et leur motivation pour la création de nouvelles animations de sensibilisation s’inspirant des Sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur. Le premier de ces sept savoirs concerne les erreurs et illusions de la connaissance. Une première animation ludique « Argumentations fallacieuses et Battle de mauvaise foi » propose un premier atelier visant à renforcer l’esprit critique via le décryptage de controverses sur des sujets d‘actualités. Comment se désintoxiquer de la langue de bois ou à la mauvaise foi, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle des autres ? Il s’agit de s’outiller pour une connaissance pertinente et de se forger une éthique de pensée et d’action face aux incertitudes.

 

De façon plus générale, ce projet inter-associatif vise à décloisonner les approches, les pratiques et les publics des différents acteurs de l’éducation populaire et de l’ECSI. Il est soutenu par la plateforme EDUCASOL dans le cadre des projets ECSINOV. Deux premières animations ont déjà eu lieu au siège de Demain Nos Enfants et lors du WEF à Strasbourg en avril 2019. Nous serons aussi présents au festival d’éducation populaire Poussons les murs qui aura lieu à Montreuil les 28, 29 et 30 Juin 2019 et auquel vous êtes invités à venir participer. Starting Block proposera de nouvelles animations autour des ODD. Demain Nos enfants proposera l’atelier « Désintox langue de bois et Argumentations fallacieuses » qui se poursuivra d’un café philo sur la mauvaise foi afin d’approfondir les ressorts psychologiques et égotiques présents dans l’acte même d’appréhender le monde. Ces synergies nouvelles donneront lieu avec Radio Raptz à des plateaux radio de valorisations et de restitutions lors de chroniques sur les sujets et thématiques que nous aurons investis ensemble. À très bientôt à Comme vous émoi à Montreuil !!

 

 

Pénélope Dufourt et Marthe Lemelle de Demain Nos Enfants