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Le bénévolat associatif des jeunes

 

Depuis sa création en 2003, la promotion de l’engagement bénévole des jeunes a toujours constitué pour France Bénévolat« la priorité des priorités ». Sur la base de trois enquêtes menées à l’initiative de France Bénévolat, des résultats mettent en cause les idées reçues.

En 2016, la France comptait 13,2 mil- lions de bénévoles associatifs. La proportion des Français de moins de 35 ans exerçant une activité bénévole dans une association progresse très régulièrement au cours des trois enquêtes menées par l’IFOP à l’initiative de France Bénévolat, avec l’appui du Crédit mutuel et de Recherches & Solidarités1. Dans le même temps, la propor- tion des bénévoles de plus de 65 ans se tasse régulièrement et confirme la fausse idée reçue qu’il n’y aurait que des retraités parmi les bénévoles – même si « l’effet retraite » entraîne une progression du taux d’engage- ment de l’ordre de 10 points à partir de 65 ans. Les jeunes, sous des formes qui leur sont propres, sont aussi généreux de leur temps que les autres catégories sociales. Cela contredit les discours à la mode sur l’égoïsme et la montée de l’individualisme ambiants. Doit-on se contenter de cette situation « natu- relle », globalement réconfortante ? Quels sont les enjeux de cet engagement bénévole des jeunes ? Existe-t-il des spécificités et des conditions particulières à ce développement?

Enjeux du dévéloppement du bénévolat des jeunes

Education à la citoyenneté

En France, comme dans les autres pays, l’origine culturelle de l’engagement – qu’il soit politique, syndical ou associatif – est d’abord liée aux traditions familiales, ce que les sociologues appellent les « sociabi- lités familiales ». C’est d’abord la transmis- sion des valeurs familiales qui constitue le premier moteur à la « pédagogie de l’enga- gement ». Se pose donc la question des lieux d’éducation pour tous ceux qui n’ont pas la chance de bénéficier de cette tradition.

Historiquement, d’autres moteurs tels que  le «patronage»d’avant-guerre, les mouvements d’action catholique, le scoutisme, les mouve- ments politiques ont joué un rôle important et constitué des creusets éducatifs essentiels. Paradoxalement, l’Éducation nationale n’a joué quasiment aucun rôle en la matière, contrairement à ce que l’on peut observer à l’étranger, et tout particulièrement dans les pays  anglo-saxons.  Le  Canada  constitue  à cet égard une référence de choix : les élèves y sont incités, parfois de façon obligatoire, à prendre un engagement associatif au sein du programme d’action communautaire. Cet engagement fait partie du processus éducatif normal, au même titre que les apprentis- sages plus classiques. Les Canadiens ont en effet découvert qu’il y a bien des processus éducatifs précoces qui, ensuite, influent sur le parcours de la vie, d’où l’enjeu très important que représentent à la fois le développement de la vie associative chez les jeunes et l’inté- gration de jeunes dans les associations dites « d’adultes » ou plus instituées. Il est à espérer que les événements de 2015 et l’« après-Charlie » mobiliseront les acteurs des communautés éducatives pour aller très au-delà d’heures de cours d’enseignement moral et civique.

Coopération intergénérationnelle

Les transformations économiques amorcées à partir de 1975 ont segmenté les classes d’âge, en France de façon encore plus caricaturale et souvent plus paradoxale qu’ailleurs : départs massifs des salariés âgés avec tous les phénomènes d’exclusion et de destruction identitaire en conséquence, difficulté d’entrer dans la vie professionnelle, précarisation de l’emploi pour les jeunes, allongement parfois abusif de la durée des études dans une approche occupationnelle ou encore montée de la culture du jeunisme. Un rapport de Robert Lion de la fin des années 1970 disait qu’« on [était] vieux de plus en plus jeune ». Il serait possible d’ajouter mali- cieusement qu’« on est jeune de plus en plus vieux ! ». Ainsi, les représentations sur l’âge ont été profondément bouleversées. Ces bouleversements ont évidemment été accentués par l’accélération de l’urbanisation et le développement. Nous ne sommes plus dans la tradition des solidarités intergénérationnelles de la vie rurale, ni dans celle de « l’arbre à palabres » africain.

Les vrais bouleversements démographiques sont devant nous, dus notamment au durcissement des conditions de départ en retraite, à l’inversion des ratios quantitatifs entre actifs et inactifs, ou encore à la progression du grand âge et des phénomènes de dépendance. Tous les compartiments de la vie sociale et économique seront impactés : l’urbanisme, les transports, les modes de consommation. Les solidarités intergénérationnelles, inventées au xixe siècle dans un autre contexte, devront être révisées et ne pourront se situer sur le seul registre monétaire. Ces nouvelles solidarités intergénérationnelles devront aussi être qualitatives et locales, d’où le formidable enjeu que représente le développement du bénévolat associatif, à condition qu’il sache brasser l’intergénérationnel : des retraités actifs sachant accompagner des jeunes dans leur insertion sociale et professionnelle et apportant leur expérience et leurs compétences, des jeunes apportant leur dynamisme et leur nouvelle façon de voir les choses, des très vieux qu’on ne laisse pas « crever » – le mot n’est pas trop fort ! – dans leur solitude ou dans des mouroirs à peine corrects… On peut ainsi espérer que se réamorcerait le principe d’un apprentissage au « vivre ensemble dans la différence ».

Lutte contre l’échec scolaire

La « machine à exclure » française tourne à plein régime depuis 40 ans. « Le décrochage n’a pas disparu, quelque 100 000 jeunes sortent encore du système éducatif sans diplôme en France. » Encore trop souvent perçu comme présentant le risque de « distraire des apprentissages fondamentaux », l’engagement des jeunes dans la vie associative et dans la solidarité commence à être appréhendé par certains responsables pédagogiques comme un élément fondamental de la formation : montage et animation de projets, travail d’équipe, résolution de  problèmes,  prise de parole, culture du résultat  sont  autant de connaissances et expériences formatrices pour les jeunes. Ces apprentissages correspondent en effet à des compétences indispensables dans toutes les situations professionnelles. Seule la vision ringarde des approches pédagogiques françaises, académiques et déductives, empêche une accélération de cette plus grande interaction entre engagement et pédagogie.

 

Conditions du bénévolat des jeunes

Rythmes spécifiques

L’idée reçue selon laquelle les jeunes n’aiment pas se lever tôt doit, même si elle n’est pas une généralité, préférablement conduire les associations à éviter de leur proposer des activités ou des réunions  tôt le matin ! Par ailleurs, il est évident que les jeunes qui acceptent de s’engager bénévolement dans la vie associative le font selon les rythmes scolaires et universitaires : plutôt d’octobre à avril, éventuellement un peu l’été ; plutôt en fin d’études ou au moins en fin de cycle. Vouloir et accepter des jeunes ou des étudiants dans une association, c’est à l’évidence tenir compte de ces rythmes et trouver des activités compatibles avec ceux-ci.

Projets et types d’engagement adaptés aux âges

Évidemment, les formes d’implication ne sont pas les mêmes pour des adolescents  ou des étudiants, mais on peut dire qu’il n’y a pas d’âge pour commencer. Quand une institutrice d’école maternelle organise un spectacle dans une maison de retraite, il s’agit déjà d’une démarche pédagogique et éducative. Quand la Croix-Rouge intègre des jeunes dans ses collectes  annuelles,  elle leur offre une première expérience de  la vie associative. Quand des étudiants de l’École des mines récupèrent et restaurent des vélos pour une association de solidarité internationale partenaire d’un village du Burkina Faso, il y a projet autonome. Quand les volontaires d’Unis-Cité collaborent au sein d’équipes aux origines culturelles différentes, il y a pédagogie de l’engagement dans une dimension durable.

Les questions très concrètes qui se posent tournent autour de l’articulation entre engagement individuel et projets collectifs, entre incitation/sensibilisation et projets structurés par des enseignants ou des structures telles que les missions locales. France Bénévolat dispose maintenant d’un bel ensemble d’ex- périences référencées et de méthodes.

Place des réseaux sociaux

Les  jeunes  fonctionnent  prioritairement via les réseaux sociaux. Ce fait est devenu un facteur majeur de la culture des jeunes, avec toutes les contradictions que les respon- sables associatifs y voient :

  • un accélérateur très puissant  d’engagement (créativité collaborative) ;
  • une vision du « collectif » souvent réduite à une opération temporaire ;
  • une difficulté à travailler sur des projets collectifs durables (les  projets  associatifs) et avec des adultes qui ne partagent pas ces habitudes et ces outils.

Investissements temporaires

La vie scolaire et étudiante est par définition temporaire. En outre, les jeunes sont de plus en plus mobiles. Derrière ces truismes, il faut accepter que les jeunes s’investissent au plus pour quelques années, le plus souvent le temps d’un projet sur quelques mois, et penser correctement à la suite, à la transition et à la transmission d’expérience. De ce point de vue, la « démarche de projet » est plus adaptée que la notion de « fonctionnement permanent » ; l’association devra donc travailler par  projets,  les  identifier, en formuler collectivement les cahiers des charges, en déléguer partiellement ou totalement les responsabilités de mise en œuvre, monter des partenariats externes. Tous ces exercices sont extrêmement profitables, mais n’existent pas nécessairement dans les pratiques associatives au quotidien !

Droit à l’autonomie et à la responsabilité

Intégrer des jeunes dans  une  association ne doit pas être considéré comme l’apport de forces supplétives non payées. Le risque d’instrumentalisation est évident. Les jeunes doivent y être reconnus dans leur spécificité, avec leurs visions, leurs analyses et leurs modes d’action. Ils doivent être reconnus comme des acteurs à part entière. C’est même la confiance qu’on leur  accorde  et la reconnaissance des compétences qu’ils ont acquises qui constituent le déclencheur indispensable pour ceux les plus en risque d’exclusion.

 

Intégrer des jeunes : un défi et une opportunité pour les associations " instituées"

 

La quasi-totalité des associations déplore la difficulté du renouvellement de leurs bénévoles et de leurs responsables et développe un discours sur la nécessité de « sang neuf ». Attirer et intégrer des jeunes nécessite le plus souvent au préalable un solide examen ou réexamen du fonctionnement de l’association :

  • les jeunes, comme les femmes, sont prioritairement dans une logique de responsabilité et d’efficacité. Ils sont donc réfractaires à des fonctionnements institutionnels qui leur apparaissent comme des débats de notables ;
  • dans un certain nombre de  cas,  il  vaut mieux penser des projets portés par des jeunes et parrainés par des anciens qu’une intégration classique dans les activités courantes de l’association ;
  • enfin, associer des jeunes et des plus anciens constitue une formidable opportunité pour redécouvrir ce qui a été le plus souvent perdu dans les autres sphères de la société, en particulier dans l’entreprise, à savoir la coopération intergénérationnelle, la richesse de la diversité et la complémenta- rité des compétences.

 

Arcticle rédigé par Dominique Thierry, président d'honneur de France Bénévolat-Article à retouver sur Jurisassociation 573- 15 février 2018

Pour aller plus loin:

-Valorisation de l'engagement bénévole:   Compte Engagement Citoyen

- Etude sur le bénévolat en France en 2018