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Les actualités de Starting Block

Quand l’actualité nous invite à repenser nos experiences professionnelles et nos pratiques éducatives…

Ces dernières semaines on a pu lire ou entendre de nombreux commentaires, analyses, réactions suite à deux mouvements : le premier, le hashtag « balance ton porc » puis la contre-offensive avec la tribune signée sur « la liberté d’importuner»[i] par de nombreuses personnalités françaises. Entendre des femmes dire, pour l’une d’entre elles, qu’elle regrette beaucoup ne pas avoir été violée parce qu’elle pourrait témoigner « que du viol on s’en sort » ou une autre qui dédramatise et déculpabilise les 'frotteurs' du métro en disant qu’elle « n’en a rien à faire » nous questionne sur l’intériorisation des réflexes de pensées machistes par les femmes elles-mêmes, et donc par nous, membres de l’équipe startienne, composée à 95 % de femmes... (eh oui le milieu associatif [ii]!)

Nous nous sommes interrogé.e.s sur nos pratiques et notre démarche dans notre contexte professionnel et en discutant ensemble à la pause dej’, il nous a semblé évident que nous n’évoluons pas en dehors des rapports de domination, et que, toute bienveillant.e.s, informé.e.s (et engagé.e.s !) que nous sommes, on contribue parfois (souvent ?), et sans le vouloir, à la reproduction de certaines inégalités au sein même de nos actions… Et ce parfois dans des petits détails de nos actions que l’on a voulu partager avec vous…

« Après avoir organisé un repas avec des jeunes, je me suis rendue compte que c’est toujours aux filles que je tendais l’éponge, comme ça pfiou, sans réfléchir ! et bim je reproduis une violence domestique ! »

« Lors d’un théâtre forum je voyais que c’était majoritairement les participants hommes qui se mettent en scène alors que les participantes, elles, avaient tendance à s’effacer, malgré nos relances et propositions et je savais pas quoi faire face à ça… »

« Moi c’était la fois où j’ai rien osé dire à un  moment où, prise de court et liée par une relation de subordination, tu ne réponds rien quand le potentiel / futur potentiel prestataire d’une animation, minimise les violences sexistes que peuvent vivre les bénévoles de son association… »

« Pour ma part c’est les réunions, un classique : le nombre de fois où je suis arrivée dans une pièce où je suis la seule personne de couleur, et en plus je fais partie du peu de femmes autour de la table. Double domination. Et la visibilisation de cette position est confirmée par le peu de temps accordé à ma prise de parole car je suis coupée par un homme, à priori plus expérimenté, plus âgé. Alors je peux me rassurer en me disant, ce n’est pas fait méchamment, il ne me contredit pas. Mais pourtant,  au final, ma parole a été minimisée par cette personne, et par le groupe ! »

Bon... Une fois qu’on a fait ce constat, qu’est-ce qu’on fait ? Déjà : pas d’auto flagellation ! Oui, nous sommes et nous évoluons dans  une société structurée (entre autre !) par le patriarcat et… on n’en sort pas indemne, ni les femmes… ni les hommes ! Alors le défi c’est d’activer son « alarme gyrophare » comme l’a bien dit l’une d’entre nous : être alerte, réfléchir ensemble sur nos propres représentations et nos pratiques, être vigilant.e.s sur nos comportements, ne pas se flageller mais toujours essayer de réfléchir à comment on fera mieux la prochaine fois, prendre le temps de partager nos expériences et analyses pour toujours interroger notre place dans la société, ce que l’on fait, ce que l’on pourrait faire, ce que l’on devrait faire, ce vers quoi on doit tendre… Etre solidaire les un.e.s les autres. Prendre le temps. Le temps de réfléchir à tout ça collectivement pour s’auto-éduquer ! Sans oublier de prendre en compte les mécaniques racistes, la structure capitaliste de notre société et toutes les autres formes de domination qui elles-mêmes alimentent nos représentations et impactent notre place dans la société… L’expérience d’une femme riche n’est pas tout à fait la même que celle d’une femme pauvre, celle d’une femme noire pas tout à fait la même qu’une femme blanche etc. Et alors si on arrive à avoir une analyse systémique, en prenant en compte l’imbrication de tous ces rapports de domination (ce que des chercheures étasuniennes ont appelé l’intersectionnalité !), alors peut-être que l'on arrivera à créer une réelle solidarité féminine (autrement appelée "sororité !") qui nous permettra de faire front commun face au patriarcat, et toutes les autres formes de domination… Bon, ça c’est pas pour demain mais on y travaille !
Et si vous voulez en savoir un peu plus… voici quelques ressources !


Un livre de Angela Devis  Femmes, race et classe

Un réseau : Classe/Genre/Race

Un livret de Fatima Ouassak : Discriminations Classe/Genre/Race, repères pour comprendre et agir

Une Interview de Françoise Vergès « Les féministes blanches n’ont pas intégré leur histoire les avortements forcés de la Réunion » Par Sonya Faure, Catherine Calvet et Dessin Christelle Enault, Libération, 14/04/17

 


[i] « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle », par Collectif, Le Monde, 09/01/2018

[ii] Voir l’enquête ‘La place des femmes dans la vie associative française’ https://www.francebenevolat.org/sites/default/files/uploads/documents/Place_des_femmes_dans_la_vie_associative_Janvier_2008_2_.pdf