Navigateur incompatible avec le site Starting Block
Conteneur global
Fil d'ariane
AccueilActualités

Actualités

Les actualités de Starting Block

Focus sur un outil : l’entrainement mental

L'Entrainement Mental interroge ce qu'est l'outil d'éducation populaire

De la gymnastique pour l'esprit ? Cela peut sembler étrange. Pourtant qui n'a jamais voué un culte au développement de l'esprit critique dans son parcours d'animateurice ? Ce qui nous a interpellé dans l'entrainement mental (EM), c'est qu'il s'apparente à un outil. Pas une hygiène de vie. Pas « un esprit sain dans un corps sain ». Pas du « bon sens ». Un outil, avec des objectifs, une trame et une part d'animation. Un outil qu'on peut emporter avec soi comme un marteau pour les méninges et qu'il faut s'approprier à l'usage !

C'est en s'entrainant qu'on devient résistant

Le réseau Créfad, un des acteurs praticien et formateur en EM, le décrit comme tel : « De la même façon que l’on conçoit un entraînement physique pour le corps, l’entraînement mental propose des exercices, une gymnastique, une pratique individuelle régulière pour cultiver une pensée critique autonome en lien avec le réel. »

Conçu dans les années 1940 par Joffre Dumazedier, utilisé dans les milieux de la Résistance, puis développé et diffusé largement par le réseau Peuple et Culture, l’entrainement mental a toujours visé le double objectif d’une appropriation collective de savoirs et de connaissances, ainsi qu’une réappropriation, individuelle et collective, d’un pouvoir d’agir sur le/son monde en développant une capacité de penser dans la complexité, en se détachant du réflexe « j’ai un problème / voilà la solution ». Parce qu’il permet d’entraîner ses capacités d’analyse à l’épreuve d’expériences quotidiennes connues, vécues, l’entrainement mental se situe à mi-chemin entre théorie et pratique, entre expérience vécue et savoirs académiques, entre vécu de l’individuel et intelligence du collectif.

Un processus rigoureux

L’entrainement mental, c’est partir des faits constituant une situation concrète insatisfaisante (ou « SCI » ) vécue par l’un.e des participant.e.s pour y trouver des réponses et des solutions. En imposant deux détours, les faits, en amont des problèmes, et l'analyse en aval, l’entrainement mental rend possible l'énonciation de problèmes cachés et de causes/conséquences insoupçonnées au sein de la situation de départ. Concrètement, l’outil se déroule en 4 étapes :

  • On cherche les faits: la personne qui propose la SCI raconte sa version, le reste du groupe travaille à faire le tri entre faits, problèmes pré-établis, jugements, hypothèses probables, pour ne garder que les premiers.
  • On repère les éléments en tension pour formuler des problèmes. Dans l'EM, un problème n'est pas forcément lié à un affect négatif. Si je dis que je suis en colère, c'est un fait. Le problème, par exemple, serait : « je suis en colère et telle autre personne ne supporte pas les émotions extrêmes ». Seront considérés comme tension deux faits -ou plus- qui semblent à priori incompatibles, qui rentrent en résonance...
  • On analyse, à grand renfort de savoirs chauds et froids divers : on met en perspectives, on fait des hypothèses pour donner la parole à des personnes absentes, on fait appel à nos connaissances théoriques en psycho, socio, économie, on s'échange des grilles de lecture.
  • On formule des solutions faisables, réalistes, applicables.

Ces 4 étapes se déroulent l’une après l’autre de manière rigoureuse. C'est de cette façon que nous pouvons entraîner nos esprits à rester critiques, à ne pas faire de raccourci.

Un outil pauvre s'il est privé de ses finalités

Considérer l'entrainement mental comme un outil nous invite à questionner l'approche courante « par outils » de nombreux-ses acteurices se revendiquant d'éducation populaire. En effet, la vision d'un outil comme d'une recette qu'il suffirait de suivre à la lettre pour arriver à un résultat prédéterminé vient s'opposer diamétralement à l'EM. Car celui-ci comporte en son sein la volonté de faire un détour intellectuel, de faire émerger des problèmes pour construire des solutions originales, en soi imprévisibles au début de l’entrainement. L'EM, comme d'autres outils lorsqu'ils sont utilisés de façon politique, permet l'exercice de la réflexivité et de la créativité ; mais s'il est privé de sa dimension politique, il devient à la fois lourd et pauvre, perdant tout intérêt. Pour cause, l'EM travaille sur le réel / le vécu quand de nombreux outils – basés sur l'imaginaire ou le sensible par exemple – restent viables en-dehors du contexte politique ou des sujets.

Mais quelles sont ces finalités, ce politique, dont l'entrainement mental est indissociable ?

Une grille proposée par C. Maurel définit comme les 4 piliers de l’éducation populaire (et de l’ECS !) les éléments suivants : la conscientisation, l’émancipation, l’augmentation du pouvoir d’agir et la transformation sociale. Sans définir ces piliers comme étapes qui seraient linéairement les marches à monter les unes après les autres, on en retrouve certains prisonniers de la structure même de l'EM : repérer les problèmes par exemple se faisant d'abord sans l'intervention de la personne qui propose la SCI, cette phase est en général l'occasion de prise-s de conscience ! S'entrainer mentalement s'apparente facilement au renforcement du pouvoir d'agir, à double titre, par son exercice même, et puisque l'EM mène à la formulation de solutions réalisables participant à cet « empowerment ».

Pour toi animateurice !

Du fait de sa structure, l’EM peut servir à analyser des pratiques d’animations ou de prises de décisions dans un groupe, des situations vécues au sein d’un collectif… Localement, il a permis d'enrichir la pratique des participant.e.s de la 2nde formation pour animateurices et formateurices de Starting-Block les 18 et 19 juin derniers.

Rendez-vous les 5-6 novembre au prochain WEF à Paris pour découvrir à ton tour l’Entrainement Mental !

Les formations à l’EM par le réseau CREFAD : http://www.entrainementmental.org/

Des animateurices et participante de la formation des 17 et 18 juin