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Témoignage d'Emilie

Dessin d'Emilie pour la Journée HandivalidesEmilie est étudiante à l'ENSAPM (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture Paris Malaquais). Devenue malvoyante durant ses études, elle nous explique comment elle a tenu bon pour "garder son cap". Architecte et déficiente visuelle, ça peut sembler incompatible pour bon nombre de personnes. Elle nous explique...

"Je m’appelle Emilie, j’ai 27 ans. J’ai un master de design et j’ai travaillé pendant un an dans ce domaine. J’ai eu ensuite envie de poursuivre mes études en architecture, attirée par l’étendue intellectuelle de cette discipline. J’ai été admise directement en 3e année à l’ENSAPM et c’est à la fin de ma 4e année que je suis devenue malvoyante.
J’ai depuis constamment l’impression de devoir prouver que je suis capable. Je remarque que les personnes handicapées sont souvent infantilisées. Pourquoi, par exemple, a-t-on tant de mal à imaginer une personne handicapée meneuse ou à l’initiative de projets ? Dans mon cas, cela paraît complètement inconcevable qu’une personne malvoyante fasse du dessin. Pourtant, je suis malvoyante mais aussi architecte ! Toutefois, ceci ne vaut que pour les personnes qui ne me connaissaient pas avant. Pour mes amis, je suis restée la même.
Pendant 1 an et demi, j’ai subi plusieurs opérations et passé beaucoup de temps à l’hôpital. J'ai du me débrouiller seule pour connaître les aides existantes et les outils techniques de compensation. Je ne me suis pourtant jamais dit que j’allais arrêter mes études d’architecture, car j’ai toujours eu envie de travailler une approche plus théorique et de faire une thèse. Forcément la question de savoir s’il m’était possible de poursuivre dans cette voie a été posée par mon entourage, mon chirurgien, etc. Cette "censure" a bel et bien failli devenir de l’auto-censure. Une association spécialisée m’a même proposé de devenir kiné !

Heureusement, grâce au soutien de professeurs, j’ai repris mes études tout en découvrant au jour le jour mon handicap. J’ai dû changer de paradigme, faire avec « un nouveau Moi ». J’ai fait table rase du passé, brûlé tout mes papiers et mes dessins en particulier (mon domaine de prédilection). Je dois désormais faire différemment, sans regrets, et m’essayer dans d’autres directions.
Pendant cette année et demie « d’exil », j’ai créé la revue EDITIONS que l’on aime à décrire comme une revue d’architecture et d’idées, participative et ouverte à tous. Elle a été pensée sur la base d'un projet collectif de partage de connaissances pour la construction et la diffusion d'une pensée critique et autonome. Parallèlement, je travaille sur mon mémoire « L’exercice de la pensée rationaliste en architecturale », une lecture philosophique et très personnelle que je fais à partir d’auteurs choisis comme Paul Valéry, Descartes ou Robert Musil. Bien que l’école me suive de très loin, elle me laisse aller dans ce sens et prendre le temps nécessaire pour finaliser ce travail.
Le projet qui me tient à cœur désormais, c’est de professionnaliser ma revue, avec les deux camarades qui travaillent avec moi sur ce projet. Nous souhaitons nous engager plus encore dans notre réflexion et notre pratique et ne pas effleurer simplement les choses. A terme, j’aimerais aller encore plus loin avec une thèse et intégrer un laboratoire.
A posteriori, je dirais que mon handicap m’a extraite de l’« accélérisme » dans lequel on trempe tous ; je peux aujourd’hui prendre le temps et approfondir les sujets qui m’intéressent."
Propos recueillis par Delphine,
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