Il est environ 18h30 lorsque le groupe, composé de personnes valides et non valides, pénètre dans la galerie tactile du musée du Louvre. Il sera guidé, pendant près d'une heure et demie, par Mathieu Decraene, en charge du développement des activités à destination du public handicapé et personne référente du Louvre pour les
campagnes Handivalides.
Les participants, évoluant en binômes "valide-non valide", parcourent avec curiosité la galerie du musée. Et pour ceux qui ne sont pas en situation de handicap visuel, un masque est prévu, afin d'appréhender au mieux cette visite culturelle.
Céline, déficiente visuelle et membre de l'association
Baisser les barrières, témoigne sur cette activité.
Comment as-tu eu connaissance de cette sortie culturelle et pourquoi as-tu décidé d'y participer ?J'avais rencontré Matthieu Decraene du musée du Louvre à la journée Handivalides de Sciences Po et il m'avait informé qu'une telle visite aurait lieu le 11 avril et une autre le 16 mai. Quant à ce qui m'a poussée à y participer, c'est tout simplement la curiosité et le fait que le thème de l'exposition m'intéressait.
Peux-tu nous décrire ce que tu as ressenti pendant la visite, ce que tu retiens ?Commençons par ce que j'ai ressenti. Je crois que c'était avant tout de la curiosité. J'aurais voulu tout voir, ou plus exactement tout toucher et comprendre l'historique et la signification de chaque sculpture. Ce que je retiens surtout est la diversité des matériaux et donc des sensations tactiles, ainsi que la diversité des styles. Selon les époques, les sculptures sont plus ou moins détaillées, plus ou moins épurées.
Quelles sont, selon toi, les qualités de cette visite ?Je dirais que sa plus grande qualité est sa durée. C'est juste assez long pour que personne ne se lasse ou ne fatigue. Pour autant ce n'est pas trop court. Par ailleurs, le fait qu'il ait été possible que chaque binôme touche une sculpture différente a aussi évité l'ennui. Tout le monde était occupé à quelque chose. L'ensemble donne à cette visite un rythme idéal.
En outre, l'idée de fonctionner par binôme permet un échange constructif, qui fait qu'on découvre des éléments que l'on n'aurait peut-être pas aperçus si l'autre ne les avait pas suggérés.
Quel est ton sentiment vis-à-vis de l'accès à la culture, pour les personnes handicapées ? Je ne peux évoquer que le cas des personnes handicapées visuelles, dont je fais partie. Je ne dis pas que notre situation soit idéale, mais de plus en plus de manifestations culturelles nous sont accessibles. Les musées sont de plus en plus nombreux à proposer des visites qui sont adaptées à la déficience visuelle, les associations sont de plus en plus partie prenante, les nouvelles technologies favorisent grandement notre accès à la culture. Grâce à l'informatique, nous avons par exemple accès à bon nombre de livres, qu'il nous aurait été impossible de transcrire en braille, pour des raisons de temps et de volume. Un livre en braille prend plus de place qu'un livre en noir, ce qui n'est pas le cas d'un livre électronique. L'informatique nous permet également une plus grande facilité d'accès à l'information. Ainsi je suis abonnée à la lettre d'informations du Louvre, alors que, sans le vecteur courriel, je ne serais sans doute pas aller chercher l'information régulièrement par moi-même.
Bien sûr, les éléments culturels qui relèvent avant tout du pictural ne nous sont que très partiellement accessibles. Je pense en particulier à la bande dessinée, à la photographie, aux tableaux, au cinéma. Mais si la BD et la photo risquent de rester pour nous un mystère, les deux autres éléments commencent aussi à s'adapter au handicap visuel, dans la mesure du possible.
Céline.
29 ans
Demandeuse d'emploi
Titulaire d'un Master de musicologie
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