En cherchant à répondre à cette question la revue « Faire Face » 1 examine, sous la forme d’une exposition photo, la manière dont un Etat traite ses citoyens les plus fragiles. Jérôme DEYA et Jacques GRISON, deux photographes reporters, sont partis à la rencontre de personnes handicapées pour témoigner de leurs conditions de vie, dans sept pays différents, sept « ailleurs » : Bénin, Togo, Chine, Suède, Pologne, Hongrie et Algérie.
« Tant qu’elle n’est pas capable de subvenir à ses besoins, la personne est constituée comme moins que rien » témoignera un jeune Togolais en fauteuil roulant, délaissé par sa famille et réduit à la mendicité pour survivre.
Sur le même continent, quelques centaines de kilomètre plus loin, en Algérie, on verra que la politique du handicap repose largement sur la solidarité familiale. D’après la tradition musulmane, la place de la personne handicapée est parmi les siens. Du coup, les pouvoirs publics ont créé quelques établissements d’enseignement spécialisés mais l’aide à la tierce personne n’existe pas.
En Chine aussi, la prise en charge par la famille est incontournable. Les allocations distribuées par l’Etat sont insuffisantes et varient d’une province à une autre. En dehors de cette pension, rien n’avait été fait jusqu’à ces dernières années en matière d’insertion par le travail ou d’établissement d’enseignement spécialisé. Les soins restent également très coûteux et inaccessibles à un grand nombre de la population.
En Pologne, les aides sont également insuffisantes et les entreprises de travail protégé sont en déclin depuis l’ouverture du marché à la concurrence. A Varsovie, par exemple, l’entreprise de prothèses Musi embauchait 1600 travailleurs en situation de handicap en 1982.
C’est en Suède que la politique du handicap est la plus avancée et représente 4% du PIB (alors qu’elle représente en France 2%). Les élèves en situation de handicap physique vont « naturellement » à l’école la plus proche de chez eux. Quant aux élèves atteints d’un handicap mental, c’est aux parents de décider s’ils souhaitent scolariser leur enfant dans un établissement spécialisé ou non. De même, il est possible de bénéficier d’une aide à la maison 24heures sur 24 si cela est nécessaire. Quant aux transports en commun, ils sont tous équipés de rampes d’accès ou d’élévateurs ce qui fait de Stockholm la capitale du monde la plus accessible en fauteuil roulant. C’est pourquoi certains Français en situation de handicap s’exilent en Suède car ils se sentent plus intégrés dans la société.
Cette exposition, commanditée par l’APF, a lieu jusqu’au 28 septembre, à Paris2 : c’est une série de portraits poignants, illustrant la politique de chaque pays visité, qui montre que l’intégration de la personne handicapée dans la société est encore un long combat…
Agnès Furon
1 Faire Faces, revue de l’APF
2 Salle d’exposition EDF Electra, 6 rue Récamier, 75007 Paris. Ouvert tous les jours de 12H à 19H