Les 5 veinards :

Cinq jeunes étudiants ont accepté de témoigner par rapport à chacune des sous-thématiques... Et voici donc les nouveaux supports de la Campagne "Jeunes et handicaps: Egalisons Nos chances"!

Aloïs a du bol :

ses camarades de cours lui filent leurs notes... MAIS...

visuel affiche.
"Je suis étudiant en 3ème année de Magistère Banque Finance Assurance (soit l'équivalent d'un Master 2).

J’ai commencé à perdre progressivement l’audition à l’âge de 5 ans. Je me souviens parfaitement de l’époque où j’entendais et où je m'amusais à téléphoner. Aujourd’hui, j'ai 22 ans et je suis sourd profond.
J’ai porté durant une quinzaine d'années deux prothèses auditives. En octobre 2008, je me suis porté candidat pour un implant cochléaire à l'oreille gauche (22 électrodes dans l'oreille interne). Pour l'instant le résultat est indéfinissable. Mais il parait que c'est tout à fait normal : la "montée en puissance" est progressive. J’espère que lorsque cet implant sera tout à fait opérationnel, il me permettra de m’adapter plus facilement dans mon environnement professionnel.
En cours, je me mets au premier rang et je recopie au fur et à mesure les notes de mon voisin de table. En général, les étudiants se montrent plutôt compréhensifs avec moi.
Mais entraide ne veut pas dire pour autant intégration. Je croise souvent le regard des autres qui s’attarde sur ma prothèse et mon intégration dans un groupe est rendue difficile par le fait que je suis incapable de suivre une conversation avec plusieurs personnes ! Les gens parlent souvent très vite et ne se rendent pas compte qu'il m'est difficile de les comprendre..."

Aloïs, 22 ans, sourd profond, étudiant en finances.

Jaya est un veinard :

grâce à ses études, il fait un boulot qui lui plaît. MAIS...

portrait Jaya.
"Né à Pondichéry et arrivé en France à l’âge de 4 ans, j’ai suivi mon parcours scolaire en milieu ordinaire, sauf en primaire et au lycée. J'ai eu la chance d'avoir des profs qui m'ont aidé et assisté, surtout en classe prépa scientifique.
 
Après mes études dans une école d’Ingénieurs, j'ai travaillé pendant 5 ans dans un centre de recherche et développement en prévision de consommation électrique et dans la macroéconomie de l'énergie en Europe à long terme.
 
J'ai ainsi eu la chance d'apporter mes compétences à l'équipe de recherche et j'ai beaucoup appris sur l'énergie, l'entreprise et les méthodes de travail dans la recherche. J'ai pu constater que j'étais capable de travailler et de collaborer dans des projets.
 
Aujourd’hui, j’ai décidé de reprendre mes études via un master affaires internationales spécialité management public international dans le cadre d’un Congé Individuel de Formation.
 
Mais ce n’est pas pour autant toujours simple. Les solutions existent pour apporter notre matière grise à la société mais il faut parfois les imposer quitte à ce que ce soit un peu brutal! Il faut ruser et en vouloir. Par exemple, ça n'a pas été évident de négocier avec mon entreprise d’avoir une personne à disposition pour m’aider à la lecture. Or c’était indispensable dans mon travail de pouvoir avoir accès à toutes les informations et aux outils informatiques."
 
 
Jaya, 29 ans, déficient visuel, ingénieur

Pascale a de la veine :

sa fac est accessible en transports en commun... MAIS...

visuel affiche.
« Après un parcours étudiant un peu chaotique, je termine actuellement un master d’histoire.
 
Pour moi, il est fondamental de pouvoir être autonome, c’est pourquoi la problématique des transports me semble si importante !
 
Ainsi, j’ai pu « tester » différents systèmes et je découvre encore aujourd’hui, au hasard de rencontres avec d’autres jeunes en situation de handicap, les trucs et astuces pour pouvoir s’en sortir au mieux. J’ai la chance que le trajet entre ma fac et mon logement soit accessible en transports en commun.
 
Mais encore faut-il que tout fonctionne, ce qui est loin d’être toujours le cas. C’est pourquoi depuis quelques temps, je fais aussi appel régulièrement à un transporteur. Pour moi, cette solution est beaucoup moins fatigante et stressante, d’autant plus que j’ai trouvé un transporteur vraiment sympa et flexible, ce qui n’est pas le cas de tous !
 
Le temps gagné et la fatigue épargnée me permettent de mieux me concentrer sur mes études et de pouvoir aussi parallèlement m’engager dans des projets bénévoles, utiles notamment pour mettre en pratique mes compétences professionnelles. »
 
 
Pascale, 29 ans, déficiente motrice, étudiante en histoire

Frédéric a de la chance :

il a toujours réussi à trouver des logements accessibles... MAIS A L'AVENIR...

visuel affiche.
"Après un parcours en collège et lycée ordinaire à Biarritz et mes classes prépas à Bordeaux, je poursuis actuellement un double cursus en tant qu’élève ingénieur et étudiant en architecture. Depuis mi-septembre, je réalise un stage à la Direction du Développement Durable d'un grand groupe de BTP.
 
Durant ma prépa, je logeais dans un centre médicalisé pour étudiants handicapés. C’était un vrai confort pour moi car le rythme de travail était exigeant et j’avais tous les services et soins, par exemple les séances de kiné, sur place.
 
En entrant ensuite dans mon école d’ingénieurs, je n’ai eu aucun problème car les logements étudiants de l’école étaient accessibles.
 
Mais qu’en sera-t-il pour le futur ?
 
Pour un certain nombre de catégories socioprofessionnelles et même pour les étudiants, habiter revient à trouver un point d'ancrage temporaire là où la dynamique de leur existence les a portés.
 
L'année prochaine, je peux très bien me retrouver à Paris, Lausanne ou San Francisco pour la suite de mes études. Or trouver un appartement pour une personne à mobilité réduite revient à chercher pendant des mois, à trouver des financements, à réaliser des démarches interminables avant d'effectuer des travaux d'aménagement, bref à attendre. Nous voici donc plongés dans une grande schizophrénie globale où, d’un côté, on vante les mérites de la mobilité, de l'ouverture et où, de l’autre côté, l'inadaptation de l'urbain (bâti, transport, environnement) vous incite à la sédentarisation."
 
Frédéric, 22 ans, Infirme Moteur Cérébral, élève ingénieur.

Marion est chanceuse :

Pour les membres de son club, elle est une judoka comme les autres... MAIS...

Visuel affiche.
"J’ai perdu la vue progressivement et à partir du CM1, je suis entrée dans un établissement spécialisé. C’est là notamment que j’ai appris le solfège et la trompette que je pratique toujours. A partir de la 4ème, j’ai néanmoins souhaité retourner dans un lycée ordinaire car je me sentais enfermée au milieu des « bigleux », comme nous nous appelons entre nous.
 
Cela n’a pas toujours été évident : La plupart des profs ne se montrent pas très compréhensifs et donnent rarement à temps leurs préparations de cours au service de transcription braille. Mais durant mes études, j’ai pu compter sur des lecteurs bénévoles qui m’ont permis notamment de réussir ma prépa littéraire.
 
Aujourd’hui, je suis une formation en alternance dans une grande école de commerce et je travaille dans le service communication d’une mairie. Mon rêve serait de travailler plus tard dans le secteur culturel : je suis particulièrement passionnée par le théâtre.
 
Depuis quelques mois, en plus de la trompette, des lectures et des sorties culturelles, je pratique le judo dans un club où je suis la seule déficiente visuelle.  J’en apprécie l’ambiance : au milieu des « valides », le professeur réussit à me faire suivre le cours le plus normalement possible.
 
Mais pour avoir un prof aussi ouvert et compétent, je suis obligée de traverser toute la ville en transports en commun deux fois par semaine pour me rendre à son cours de judo."
 
 
Marion, 23 ans, déficiente visuelle, étudiante en école de commerce
Réalisé par Ecedi